PFAS, Cadmium... A Paris, un laboratoire national à l'avant-garde des mesures sur les polluants
Dans un monumental immeuble néoclassique parisien, Véronique Le Diouron manipule une petite fiole de PFOA, un polluant chimique éternel. La scientifique est capable d'en quantifier une infime trace dans "une piscine olympique", une précision mise au service de tous les laboratoires de France.
Dans ce bâtiment du XVe arrondissement de Paris aux vastes escaliers, qui a servi de décor pour des tournages de films, se nichent des laboratoires qui ne font pas d'analyses de routine.
Le Laboratoire national de métrologie et d'essais (LNE) produit des matériaux de référence certifiés, qui seront utilisés comme étalon par les laboratoires de terrain - comme ceux des hôpitaux, de l'agence de sécurité sanitaire Anses ou de l'institut de recherche médicale Inserm - pour s'assurer que leurs propres mesures soient exactes.
Dans une petite pièce bercée par une ventilation bruyante, l'ingénieure de recherche Véronique Le Diouron évolue en blouse blanche entre des fioles et une machine aux allures de machine à café géante - un appareil de chromatographie couplé à un spectromètre de masse.
Cette recherche de la précision ne reflète pas seulement un amour de la science - mais trouve des applications très concrètes à l'heure des craintes sur les conséquences sanitaires des pollutions au cadmium, aux microplastiques ou aux polluants éternels - les PFAS.
- "Mesure juste et exacte" -
"Si on trouve une quantité astronomique de PFAS dans l'eau du robinet, les pouvoirs publics, les ARS (Agences régionales de santé), les donneurs d'ordre etc. doivent prendre des mesures. C'est important d'avoir une mesure juste et exacte pour qu'ils puissent agir", souligne Véronique Le Diouron.
"Le but de la métrologie est de permettre de mesurer de façon toujours plus précise et de façon que les mesures soient comparables dans l’espace et le temps", rappelle Thomas Grenon, le directeur général du LNE, un établissement public qui regroupe avec ses filiales un millier de personnes.
Par exemple "que le kilo ait la même valeur à Paris et New York, aujourd’hui et demain" - une question moins théorique qu'il n'y paraît "car le kilo n'existe pas dans la nature, c'est une projection de l'homme", remarque-t-il.
Le LNE a été créé il y a 125 ans, après la signature par 17 pays en 1875 de la "Convention du mètre", un traité créant un système international de mesures. S'il est toujours le gardien des kilogrammes, mètres et secondes, les travaux du laboratoire reflètent aussi les préoccupations actuelles.
"Si on veut quantifier du cadmium lors d'une analyse de sang ou d'urine dans un laboratoire de biologie médicale, il faut qu'on ait le même résultat, peu importe dans lequel on va", souligne Romy Brémard, ingénieure de recherche au LNE qui travaille sur ce métal toxique.
Le dépistage en laboratoire de ville de l'exposition au cadmium, auquel la population française est fortement exposée, sera d'ailleurs bientôt remboursé pour certaines personnes.
- "Sang humain" -
L'équipe de Romy Brémard peut justement certifier "la concentration de cadmium dans le sang humain" aussi bien que dans "du poisson, du chocolat, de la viande de porc, de la viande de bœuf..."
La scientifique s'étonne au passage de l'intérêt soudain pour cette substance: "ça fait 50 ans que c'est analysé", relève-t-elle en pointant du doigt vers un poster au mur "de 1980" qui lui est consacré.
Pour ces types de substances, le LNE utilise une méthode de référence, dite de la "dilution isotopique", utilisée par tous les laboratoires nationaux de métrologie dans le monde.
Par exemple pour quantifier un PFAS dans un litre d'eau: on ajoute une quantité très précise du même PFAS, dont un ou plusieurs atomes sont légèrement modifiés. Ce marqueur se comportant exactement comme le PFAS naturel tout au long des étapes de l'analyse, le rapport final entre les deux permet de calculer très précisément la quantité présente dans l'échantillon.
"C'est une méthode qui est robuste, fiable", juge Véronique Le Diouron, à l'heure où "on nous demande maintenant de descendre dans des limites de quantification qui sont de plus en plus basses".
Elle doit ainsi être capable de "détecter 375 microgrammes de PFOA", une quantité invisible à l’œil nu de ce PFAS, "dans une piscine olympique".
N.Schuster--BVZ