Contraint par la justice, l'État renforce la lutte contre les algues vertes en Bretagne
La préfecture de Bretagne a annoncé vendredi de nouvelles mesures pour lutter contre les algues vertes, une pollution liée à l'agriculture intensive qui persiste malgré plusieurs plans d'actions et une condamnation de l'État.
Ces annonces sont une réponse partielle et tardive au tribunal administratif de Rennes, qui en mars 2025 avait ordonné au préfet de Bretagne de renforcer son action contre les pollutions au nitrate sous dix mois.
"Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, la qualité des eaux bretonnes stagne désormais dans plusieurs secteurs sensibles", reconnaît la préfecture dans un communiqué.
La "nouvelle stratégie" de l'État vise à mieux cibler "les exploitations identifiées comme présentant un risque plus élevé de fuites de nitrates" pour réduire ces fuites, tout en allégeant certaines contraintes administratives pour les agriculteurs.
Elle prévoit aussi un renforcement des mesures sur 20% de la surface agricole afin de "protéger les milieux les plus fragiles".
Ce nouveau cadre réglementaire entrera en vigueur en septembre.
L'association Eau et Rivières de Bretagne, à l'origine de la condamnation de l'Etat, est "satisfaite de la nouvelle approche" qui reste toutefois "imparfaite", a réagi son porte-parole, Arnaud Clugery, auprès de l'AFP.
Le juge a demandé en mars 2025 "qu'on mette fin à la pollution par les nitrates et que l'État répare le préjudice écologique" mais l'Etat ne répond pas à ces exigences avec ses nouvelles mesures, estime-t-il. "Il manque des leviers économiques" ou encore de conditionner les aides aux agriculteurs à des mesures environnementales, selon lui.
"L'État n'a bougé que parce que la pression était forte", a encore estimé le porte-parole de l'association de protection de l'environnement.
Pour Edwige Kerboriou, en charge du dossier à la chambre d'agriculture de Bretagne, ces mesures représentent "une façon innovante de voir les choses" même si "nous ne sommes pas satisfaits de l'ensemble".
La simplification des textes, "devenus trop compliqués", permettra leur meilleure application, a-t-elle plaidé. Des mesures ciblées sur les exploitations à risque rendront l'agriculteur "responsable de ce qu'il fait". "Je pense que ça va aller dans le bon sens", a poursuivi l'agricultrice.
Depuis 1971, des tonnes d'algues vertes s'échouent chaque année sur les plages bretonnes. En pourrissant, elles dégagent du sulfure d'hydrogène, un gaz mortel en cas d'exposition à de fortes concentrations. Les conséquences sont multiples: des ostréiculteurs envahis, des plages fermées au public, jusqu'à des décès suspects.
En juin 2025, la justice a reconnu le lien entre les algues vertes et le décès d'un joggeur dans les Côtes-d'Armor.
Selon un rapport de la Cour des comptes de 2021, cette prolifération d'algues vertes est "à plus de 90% d'origine agricole", dans une région connue pour ses élevages intensifs.
La France en est à son septième programme d'action régional depuis 2010 et des millions d'euros de financements publics, sans avoir réussi à endiguer le problème.
La Cour des comptes a demandé dans un nouveau rapport publié en juillet de muscler les actions contre les algues vertes en Bretagne, faisant valoir leurs "conséquences importantes en termes de sécurité, de santé, de coûts et d'image" ainsi que leur "impact sur les écosystèmes".
A.Sauer--BVZ