Berliner Volks-Zeitung - JO: la "qualité allemande" et les rêves de podium contrariés du bob français

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JO: la "qualité allemande" et les rêves de podium contrariés du bob français
JO: la "qualité allemande" et les rêves de podium contrariés du bob français / Photo: Stefano RELLANDINI - AFP

JO: la "qualité allemande" et les rêves de podium contrariés du bob français

Les Français sont entrés de justesse dans le Top 10 des deux premières épreuves de bobsleigh des JO-2026 de Milan Cortina, mais se heurtent à un plafond de verre lié au matériel. Rédhibitoire en vue d'une médaille à domicile dans quatre ans ?

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A Cortina, les premières épreuves n'ont laissé guère de doute: l'Allemagne et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis planent sur la compétition.

Il y a la poussée et le pilotage, bien sûr. Mais un autre facteur s'avère déterminant, celui du matériel. "Trois facteurs indissociables", résume auprès de l'AFP le responsable des équipes de France, Bruno Mingeon.

Certes, les Allemands "poussent très forts, on ne peut leur enlever ça, enchaîne le médaillé de bronze (en bob à 4) en 1998 à Nagano, seul podium olympique à ce jour des Bleus. Mais, sur la partie mécanique et recherche, il y a un bon deux dixièmes par manche en B2 (bob à 2), c'est énorme."

Cet avantage, les Allemands sont les premiers à le revendiquer.

"Il faut un équipement de haute performance, sinon on ne gagne pas de médaille", a déclaré à l'agence SID, une filiale de l'AFP, Michael Nitsch, le directeur de l'Institut pour la recherche et le développement des équipements de sport (FES), chargé de la conception des bolides d'outre-Rhin.

Alors, dans le camp des bobeurs français, l'affaire semblait entendue avant même d'avoir commencé.

- "Comme en Formule 1" -

"On ne parle pas de médaille car on a conscience du travail encore à fournir mais aussi du retard sur le matériel", affirmait à l'AFP le pilote Romain Heinrich au tout début des Jeux. Un sentiment conforté par l'épreuve de bob à 2, marqué par un triplé allemand. "C'est une autre division", a réagi l'ingénieur de 36 ans.

Dixième avec le pousseur Dorian Hauterville -soit leur meilleur résultat pour leurs troisièmes Jeux-, il voyait un motif "d'espoir" dans la 5e place des Roumains, "car ils ont des configurations matérielles similaires et ont tout optimisé".

Mais, concrètement, pourquoi ce plafond de verre?

"Sur le bob, il y a des règles qui imposent certaines limites, mais il y a des marges de tolérance, un peu comme en Formule 1", décrypte pour l'AFP Vincent Ricard, 40 ans, ancien Bleu aujourd'hui consultant pour Eurosport.

Il y voit une question de "réglages" mais aussi de "moyens" mis "dans l'évolution du matériel".

"Ceux qui investissent ont souvent une longueur d'avance", souligne celui qui a terminé 11e en bob à 4 aux JO-2018. "Et c'est clairement le cas des Allemands".

A partir de 2010, la Fédération allemande (BSD) a collaboré avec le groupe automobile BMW, qui a mis à disposition son expertise en ingénierie, allant du développement de matériaux optimisés à l’utilisation des centres de souffleries en passant par la conception de chaussures à pointes sur mesure pour maximiser la poussée.

- "Secrets bien gardés" -

Invité à commenter cette version sur glace de la fameuse "qualité allemande", Vincent Ricard parle de "secrets bien gardés".

"A une époque, il y avait les châssis. Il y en a avec des sections assez carrées, d'autres plus tubulaires", note-t-il, avant d'évoquer également aussi "les patins".

"Ca a une grosse importance car c'est la partie qui va pénétrer dans la glace et, dans les virages, permettre le pilotage. C'est arrondi, donc il y a un rayon minimum et maximum et on peut faire pas mal de choses là-dessus."

En outre, "une paire de patins coûte 10.000 euros, et une équipe avec des gros moyens va avoir 7-8 paires. Ca va leur permettre de faire des choix très fins", argue-t-il.

Bruno Mingeon salue lui la "cellule de 80 ingénieurs" de l'institut FES dédié à "la partie mécanique des sports olympiques".

Du côté des Bleus, l'espoir existe de grignoter encore quelques places en 2030 grâce à la piste de La Plagne, construite pour Albertville-1992 et "assez discriminante", selon Romain Heinrich. "Il y aura un vrai avantage de jouer à la maison pour le pilotage."

Margot Boch, originaire de La Plagne et qui en monobob a aussi terminé 10e à Cortina, espère même que 2026 sera un "point de passage pour essayer d'aller chercher une médaille en 2030".

Mais, en l'état, ce seul avantage du terrain paraît insuffisant.

"Il y a largement la matière grise en France pour créer un bob qui puisse jouer devant", juge Vincent Ricard. Mais, à ce jour, celle-ci "ne travaille pas sur ce bob".

"Si on ne bouge pas, on aura ce handicap du matériel et c'est pas possible", renchérit Bruno Mingeon, ajoutant que si "projet" il y a, "il doit débuter rapidement".

En attendant, le quator tricolore s'élancera samedi avec un bob acheté au Canada. Et l'espoir d'un Top-10.

L.Riedel--BVZ