JO: "l'expérience surréaliste" de McGrath, parti se réfugier dans la forêt
"Une expérience surréaliste": le Norvégien Atle Lie McGrath, très affecté par la mort de son grand-père et fauché par la déception d'avoir raté l'or olympique qui lui tendait les bras en slalom, a complètement craqué lundi à Bormio en partant s'isoler à la lisière d'un petit bois.
C'est une scène incroyable qui fera partie des images des Jeux de Milan Cortina: largement en tête après la première manche, le Scandinave de 25 ans enfourche après quelques portes seulement dans le deuxième acte.
Sa première réaction est à la hauteur de son immense déception mais somme toute encore relativement classique: de rage, il balance ses bâtons au-dessus des filets de protection.
La suite est moins banale: tout à coup, il déchausse ses skis et entame une longue traversée à pied de la piste, seul, perdu dans l'immensité blanche, en direction de la forêt où il plante son casque dans la neige et s'effondre sur le dos, anéanti.
Il est récupéré de longues minutes plus tard par une motoneige, avant de remettre ses skis et de descendre jusqu'à l'arrivée qu'il a traversée visage dévasté, sans s'exprimer.
- La perte du grand-père -
"J'avais juste besoin de m'éloigner de tout. Je pensais trouver un peu de calme et de paix. Mais non, parce que les photographes et la police sont venus me chercher dans la forêt. C'était une expérience surréaliste", a-t-il expliqué en fin d'après-midi après avoir convoqué la presse devant son hôtel du centre-ville de Bormio.
"J'ai passé du temps dans la forêt. Maintenant je vais le passer avec les gens que j'aime. Ma mère, mon frère et ma copine sont là, je suis très heureux de les avoir", a-t-il ajouté, visiblement encore sonné.
Le leader de la Coupe du monde de slalom, âgé de 25 ans, a vécu une terrible désillusion lorsqu'il est parti à la faute dans la deuxième manche après avoir survolé la première, bouclée avec 59 centièmes d'avance sur le futur champion olympique, le Suisse Loïc Meillard.
"D'habitude je suis plutôt bon pour remettre les choses en perspective et me dire que, si je n'ai pas bien skié, je suis au moins en bonne santé et ma famille aussi. Mais pas cette fois", a-t-il poursuivi.
Car McGrath a vécu un drame personnel lors de ces JO en apprenant la mort, à l'âge de 83 ans, de son grand-père, dont il était très proche, le jour de la cérémonie d'ouverture, le 6 février.
- Se relever ? "Pas simple" -
"J'ai perdu quelqu'un que j'aime tellement. C'est un des moments les plus difficiles de ma vie. J'ai vraiment eu beaucoup, beaucoup de mal à gérer la situation ces derniers jours", a dit le Norvégien qui arborait un brassard noir pendant ses courses à Bormio.
"Sa mort m'a énormément affecté mais elle n'a pas altéré ma concentration. Je suis même persuadé qu'il (son grand-père) est l'unique raison pour laquelle j'ai gagné la première manche avec autant d'écart. J'étais très fier de ça", a ajouté le skieur, né aux Etats-Unis d'une mère norvégienne et d'un père américain qui avait participé aux JO de Calgary en 1988.
Mais lors de la deuxième manche, il est sorti rapidement sur une faute anodine.
Ses concurrents semblaient sincérément désolés. Son compatriote Henrik Kristoffersen, médaillé de bronze lundi, rappelait qu'il avait vécu lui aussi le même scénario à Pyeongchang en 2018. "J'imagine très bien ce qui se passe dans la tête d'Atle Lie. Malheureusement, ça fait partie du jeu", a-t-il compati, quand Loïc Meillard a raconté "la cruauté" du slalom, persuadé toutefois que l'infortuné allait "se relever et revenir plus fort".
McGrath a précisé qu'il aurait "besoin de temps pour m'en remettre et ce ne sera pas simple". "J'ai skié tellement bien aujourd'hui mais je n'ai pas gagné pour autant. Et c'est dur d'imaginer que les prochains JO seront dans quatre ans et que j'aurai alors 29 ans", a-t-il dit. "Mais au moins j'ai la chance d'être entouré par ceux que j'aime."
D.A.Ziegler--BVZ