Berliner Volks-Zeitung - Catastrophe ferroviaire : l'Espagne choquée et en colère au premier jour du deuil national

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Catastrophe ferroviaire : l'Espagne choquée et en colère au premier jour du deuil national

Catastrophe ferroviaire : l'Espagne choquée et en colère au premier jour du deuil national

La colère gagne l'Espagne sous le choc jeudi au premier jour d'un deuil national de 72 heures après la collision dévastatrice entre deux trains qui a fait au moins 74 morts la veille, deuxième catastrophe ferroviaire en moins d'un an.

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A un mois des élections législatives, la pire tragédie sur le réseau espagnol depuis 2013 a relancé jeudi les questions sur son entretien et la sécurité des passagers. Le ministre des Transports a pointé une "erreur" humaine et des "circonstances inexplicables" qui ont abouti à l'accident à 150 km au sud de Madrid.

À Tolède, la grande ville de la région de Castille-La-Manche (centre), Manuel San Emeterio est venu chercher des nouvelles de son frère de 54 ans, Pepe, qui se rendait de Madrid à Séville pour son travail.

C'est via une alerte envoyée par la montre connectée de son frère qu'il a appris l'accident. Depuis, il vit sans nouvelles dans "l'incertitude", "ce qu'il y a de pire", confie-t-il à l'AFP, tout en s'accrochant à l'"espoir" de le retrouver vivant.

"Je vais rester jusqu’à ce que mon frère apparaisse", insiste-t-il, après avoir fourni un échantillon de son ADN à la Garde civile afin de faciliter les opérations d'identification.

L'accident ferroviaire a eu lieu mercredi matin sur la commune d'Urda, dans la région de Castille-La-Manche (centre), quand un train de la compagnie nationale Renfe a percuté par l'arrière, sur la même voie, un convoi de l'opérateur privé Iryo, qui avait été forcé à l'arrêt après une panne informatique du système de signalisation.

Au total, environ 550 personnes étaient présentes à bord des deux trains au moment de l'impact.

- "Les gens en ont assez !" -

"La plupart des gens en ont assez parce que c'est le deuxième accident en neuf mois !", peste Marcos Ibañez, 28 ans, rencontré par l'AFP à Tolède, expliquant qu'il ne prend plus le TGV "depuis longtemps" par crainte d'un accident.

"Cela n'aurait tout simplement pas dû arriver !", fulmine Carlos Leon Fernandes, un retraité de 65 ans.

Sur les 74 personnes décédées, selon le dernier bilan communiqué par le ministère des Transports, 52 corps ont déjà été transférés à la morgue de Tolède, dont la capacité habituelle de 30 places a été largement dépassée.

Une morgue provisoire a ainsi dû être installée sur un terrain vague, juste à côté, a constaté un journaliste de l'AFP, avec des tentes et des chambres frigorifiques rouges destinées à conserver les corps le temps de leur identification par les 25 médecins légistes mobilisés, selon les autorités locales.

À une soixantaine de kilomètres de là, les secours poursuivent leurs délicates opérations dans l'amas de ferraille laissé par la collision, qui a propulsé deux voitures du train Iryo en contrebas du talus.

Sur place, comme ailleurs en Espagne, une minute de silence a été respectée à 11h00 GMT.

- L'opposition exige des "réponses" -

Sous pression à un mois des élections, le Premier ministre Pedro Sánchez a demandé d'"éclaircir" les causes à l'origine de l'accident, assurant que les autorités travaillaient "jour et nuit" au sein d'un dispositif mis en place afin d'apporter une "réponse rapide, urgente et efficace".

Le roi Felipe VI a, de son côté, réclamé la mise en place de "mesures" pour éviter à l'avenir une nouvelle catastrophe, à l'issue d'une visite à l'hôpital de Tolède, où sont traités des blessés.

Parmi les victimes figure notamment Fátima Báñez, ancienne ministre de l'Emploi et de la Sécurité sociale au sein du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy entre 2011 et 2018, selon le Parti populaire (PP, droite), dont elle était membre.

De son côté, le Quai d'Orsay à Paris a indiqué que la France restait sans nouvelles de "plusieurs" de ses ressortissants.

L'enquête suit son cours, mais le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez fait déjà face à des critiques de l'opposition concernant la gestion du réseau ferroviaire à grande vitesse, le deuxième du monde, après celui de la Chine.

"On ne peut pas continuer comme ça", a tonné le patron du PP, Alberto Núñez Feijóo, exigeant "des réponses" à un mois jour pour jour des législatives.

Maintenue malgré la tragédie de mercredi, une grève de 24 heures du principal syndicat des conducteurs de train a lieu jeudi pour réclamer des effectifs supplémentaires et le déblocage d'accords sur la sécurité ferroviaire, moins d'un an après l'accident d'Adamuz, qui avait fait 46 morts le 18 janvier et déjà profondément bouleversé l'Espagne.

En 2013, le déraillement d'un train avait fait 80 morts près de Saint-Jacques-de-Compostelle (nord-ouest).

C.Seifert--BVZ