L'Égypte met en avant un soutien purement défensif à Ryad, sans attaque au Yémen
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a insisté mercredi sur l'aspect défensif du soutien militaire proposé à son allié saoudien face aux Houthis pro-iraniens, assurant qu'aucune attaque n'était prévue au Yémen.
"L'objectif est de défendre les terres et les frontières du royaume, ainsi que celles de tout autre État arabe, si l’Égypte en reçoit la demande", a ajouté le président lors d'un discours devant un forum, alors que Téhéran a adressé une mise en garde au Caire.
Le conflit, qui dure depuis plus d'une décennie entre les Houthis et l'Arabie saoudite, soutien du gouvernement yéménite reconnu internationalement, a repris en juillet après des années d'accalmie.
Les combattants pro-iraniens se sont emparés d'une grande partie du littoral de la mer Rouge au Yémen en septembre, et ont multiplié depuis début octobre les attaques contre l'Arabie saoudite, notamment ses infrastructures pétrolières et aéroportuaires.
Dans la journée, le chef de la diplomatie égyptienne, Badr Abdelatty, et le patron du renseignement ont effectué une visite à Riyad au cours de laquelle ils ont remis un courrier de M. Sissi au prince héritier et dirigeant de facto de l'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, selon l'agence de presse saoudienne.
M. Sissi avait annoncé samedi que l'Égypte se tenait prête à aider son allié saoudien, soulignant déjà qu'il s'agissait "uniquement de défense".
À sa demande, le Parlement égyptien doit autoriser une telle assistance. Les parlementaires ont toutefois renvoyé le vote à la semaine prochaine.
Une éventuelle implication militaire constituerait une rupture avec la prudence diplomatique de l'Égypte, qui a privilégié ces dernières années la protection de sa propre sécurité nationale.
- "Éviter de s'empêtrer" -
Le Caire se positionne comme médiateur régional, disposant de canaux ouverts de part et d'autre des lignes de conflit, y compris avec le mouvement islamiste palestinien Hamas, Israël et l'Iran.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui a été en contact cette semaine avec son homologue égyptien, a lui mis en garde contre toute intervention de l'Égypte, ou de tout autre pays, dans le conflit au Yémen.
"Nous pensons que toute présence ou toute ingérence étrangère ne fera que rendre la résolution de ce problème plus difficile", a-t-il affirmé dans un entretien accordé dimanche à la télévision d'État irakienne Al-Iraqiya et diffusé mardi soir.
"L'Égypte a suffisamment d'expérience pour éviter de s'empêtrer dans un conflit aussi hautement complexe", a-t-il ajouté. Le Caire, a souligné le ministre, a dit qu'il "n'entrerait pas au Yémen et ne s'engagerait pas dans une guerre contre le Yémen".
Si elle s'était jointe - en 2015 au pic des hostilités - à la coalition pilotée par Riyad face aux Houthis, l'Égypte n'a pas rallié le pacte de défense de La Mecque, conclu en août entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan.
Mais Riyad, auquel la France et Londres ont aussi apporté leur soutien défensif, est depuis longtemps un allié essentiel du Caire.
L'Égypte est par ailleurs confrontée à une baisse des revenus du canal de Suez depuis les premières attaques houthies en 2023 contre des navires en mer Rouge, déclenchées en marge de la guerre dans la bande de Gaza.
La prise de contrôle par les Houthis du détroit de Bab el-Mandeb, qui verrouille au sud l'accès à la mer Rouge, risque d'aggraver ces pertes, alors que ces combattants ont menacé de blocus la flotte du royaume, premier exportateur mondial de brut.
S.Dietrich--BVZ