Rencontre en Russie entre Poutine et l'émissaire de Trump sur l'Ukraine
Le président russe Vladimir Poutine et l'émissaire de Donald Trump, Steve Witkoff, ont débuté mercredi à Saint-Pétersbourg des pourparlers sur un règlement du conflit en Ukraine, au lendemain d'entretiens entre le négociateur américain et le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Steve Witkoff a indiqué au début de la rencontre, peu après 09H00 GMT, être venu avec "des idées" pour un "accord de paix" en Ukraine, près de cinq ans après le début du conflit lancé en 2022 par l'offensive russe à grande échelle dans le pays voisin.
"Nous avons apporté quelques documents, ce sont en fait quelques idées concernant les différents éléments d'une sorte d’accord de paix entre la Russie et l’Ukraine, et vous pourrez les lire à votre convenance", a-t-il déclaré, lors de propos liminaires transmis à la télévision publique.
En marge de la rencontre, la Russie a annoncé d'une part la libération d'un Américain condamné pour "mercenariat" en 2024 à sept ans de prison, et d'autre part le départ imminent du premier pétrolier transportant du diesel russe vers les Etats-Unis.
Steve Witkoff a vu en Vladimir Poutine un "humaniste" après l'annonce de la libération de Stephen Hubbard, 75 ans, qui se trouvait mercredi à l'aéroport de Poulkovo desservant Saint-Pétersbourg.
Donald Trump, qui avait dit avoir demandé à son homologue russe de relâcher ce professeur à la retraite, a déclaré mercredi que M. Hubbard était "en route" pour les États-Unis et avait été libéré sans "contrepartie".
Le négociateur américain a aussi estimé que la coopération économique entre Moscou et Washington illustrait "les possibilités qui s'offrent à nous pour l'avenir".
Le premier pétrolier contenant 40.000 tonnes de diesel russe à destination des Etats-Unis partira dans "deux à trois jours", a indiqué Vladimir Poutine. Le vice-Premier ministre russe en charge de l'Energie, Alexandre Novak, a lui évoqué un départ jeudi.
Donald Trump avait annoncé début octobre un accord entre Washington et Moscou pour la livraison de diesel russe au marché américain, levant ainsi des sanctions contre la Russie et s'attirant de vives critiques de Kiev et ses alliés.
Cette mesure a été perçue comme un moyen d'essayer de faire baisser les prix du carburant pour les consommateurs américains avant les législatives de mi-mandat, le 3 novembre, qui s'annoncent difficiles pour Donald Trump.
- Pourparlers "positifs" à Oslo -
La rencontre à Saint-Pétersbourg se déroule sur fond de récentes tensions entre Washington et Kiev, qui accuse les Etats-Unis de ne plus soutenir l'Ukraine, voire d'aider Moscou.
À l'issue de discussions mardi à Oslo avec M. Witkoff et l'émissaire Jared Kushner (ce dernier par visioconférence), ainsi que les dirigeants norvégien et finlandais, le président ukrainien a néanmoins salué le rétablissement du partage du renseignement américain et réclamé une place à toute négociation concernant l'avenir de son pays.
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, en visite en Inde, a fait savoir que ces pourparlers avaient été "positifs". "Rien d'inattendu", mais "maintenant, avec ces idées, (Steve Witkoff) pourra aller à Saint-Pétersbourg et les partager avec la partie russe", a-t-il déclaré.
Un responsable américain a de son côté évoqué auprès de l'AFP des discussions "très productives et constructives", constatant "désormais un fort alignement entre les États-Unis, l'Ukraine et l'Europe sur les prochaines étapes".
Malgré ces efforts diplomatiques, les combats se poursuivent sur le front, sans avancée majeure de part et d'autre, et les discussions menées sous l'égide des Etats-Unis n'ont jusqu'ici pas permis d'avancée pour mettre un terme au conflit.
- Partage de renseignements -
M; Zelensky a accusé ces derniers jours les États-Unis de retarder à dessein la livraison prévue de missiles intercepteurs Patriot, essentiels pour neutraliser les missiles balistiques et drones russes.
Après s'être inquiété de certaines limitations dans ce domaine, il s'est félicité mardi que le partage de renseignements américains "fonctionne maintenant", permettant à son pays d'être prévenu à l'avance des tirs russes.
Les autorités américaines rejettent les accusations selon lesquelles elles auraient délibérément nui à l'Ukraine, notamment en ordonnant l'arrêt du partage de renseignement ou en limitant le fonctionnement du service de communication satellitaire Starlink, utilisé massivement par l'armée ukrainienne.
Marco Rubio a assuré mercredi que Donald Trump n'avait "rien à voir avec les décisions prises par Starlink et Starshield et par M. (Elon) Musk".
La Commission européenne a appelé mercredi SpaceX, le groupe du milliardaire américain Elon Musk, à "rétablir d'urgence" le plein accès de l'Ukraine à Starlink.
Sur le terrain, la Russie a continué à pilonner dans la nuit le secteur énergétique ukrainien, mais aussi le réseau ferroviaire et des immeubles résidentiels, faisant au moins quatre morts, selon Kiev.
A.Nagel--BVZ