Colombie: un palais présidentiel bis aux airs de Maison Blanche suscite la controverse
Le nouveau président de droite de la Colombie a pris ses quartiers loin de Bogota, dans une bâtisse aux airs de petite Maison Blanche, un message politique décrié par ses opposants qui fustigent une onéreuse mise en scène.
Niché dans une base militaire de Barranquilla (nord), sur la côté caraïbe, le nouveau QG du président Abelardo de la Espriella est censé incarner deux de ses promesses phares : un gouvernement plus proche des régions, et la proximité avec les forces de sécurité face à la violence des groupes armés.
Cet édifice néoclassique immaculé, entouré de jardins tropicaux, est rapidement devenu l'un des marqueurs de sa jeune présidence.
Ses partisans y voient une déclaration en faveur de la décentralisation de la part d'un dirigeant déterminé à gouverner au-delà de la capitale, située mille kilomètres plus au sud.
"Pendant très longtemps, la côte et les régions en dehors de Bogota ont été oubliées", estime Libardo Charris, marchand de meubles de 54 ans à Barranquilla.
Les critiques fustigent au contraire une dépense excessive pour rénover l'édifice datant de 1938 - près de 650.000 dollars selon le gouverneur du département de l'Atlantico -, ainsi que le coût des transferts aériens liés à une présidence à cheval entre Bogota et la côte caraïbe.
D'autant que le dirigeant, au pouvoir depuis août, a été élu en promettant la fermeté contre le crime organisé, la défense des valeurs traditionnelles, mais aussi l'austérité économique de l'Etat, sur fond de crise budgétaire.
La décentralisation consiste à transférer ressources et compétences aux régions, pas à déplacer le bureau du président, soulignent ses détracteurs.
- A l'abri des regards -
Impossible, depuis les rues qui entourent le complexe militaire, d'apercevoir la villa, surnommée par ses opposants la "Maison Blanche de Temu", en référence à la plateforme chinoise de vente de produits à bas coûts.
L'édifice où exerce le président, en alternance avec le palais présidentiel de Bogota, se trouve dans une zone restreinte de plus de 50.000 mètres carrés, l'équivalent de plusieurs terrains de football.
Ses installations comprennent un bunker souterrain conçu pour abriter le président et des hauts responsables en cas de crise.
A l'extérieur de l'enceinte, un panneau indique sobrement: "Présidence de la République. Liberté et Ordre."
"Je n'ai jamais vu le président par ici", confie à l'AFP Darlys Patricia Guerrero, vendeuse ambulante de 40 ans qui trouve "génial" que cette ville côtière héberge des bureaux de la présidence.
La bâtisse a déjà accueilli des visiteurs de haut niveau, dont le secrétaire d'État américain Marco Rubio et la présidente costaricienne Laura Fernandez.
Admirateur du président américain Donald Trump, Abelardo de la Espriella s'irrite des comparaisons moqueuses, notamment sur les réseaux sociaux, entre sa nouvelle base et la Maison Blanche.
Les détracteurs du dirigeant colombien l'accusent, eux, de s'intéresser avant tout à la symbolique, dont il est friand.
A Barranquilla, le dirigeant arrive en hélicoptère ou dans des convois de véhicules blindés. Il apparaît régulièrement vêtu d'un ensemble kaki, de lunettes noires et d'une casquette de baseball.
Récemment, cet ancien avocat et homme d'affaires millionnaire, davantage habitué aux costumes cintrés, s'est affiché un pistolet à la ceinture, lors d'une opération de sécurité dans une ville voisine.
- Alternative ? -
Surtout connue pour ses carnavals et pour être la ville natale de la chanteuse Shakira, Barranquilla se retrouve depuis quelques mois sur le devant de la scène nationale.
Gabriel Sanchez, un commerçant de 47 ans, salue une région caribéenne devenue "plus visible".
"Ici, il y a plus de joie, plus de spontanéité", affirme Alejandra Diaz, 38 ans, en vantant les mérites de sa ville par rapport à la Bogota, capitale de l'automne éternel perchée dans la Cordillère des Andes.
Certains se prennent même à rêver de voir la cité caribéenne de 1,3 million d'habitants transformée en nouveau siège du pouvoir, alors que le président de droite dure s'y réfère comme la "capitale alternative".
Des experts estiment toutefois difficile de transformer Barranquilla en siège officiel alternatif. Cela nécessiterait une réforme constitutionnelle et l'approbation du Parlement.
"Il ne s'agit pas d'une capitale alternative", tranche le constitutionnaliste Juan Manuel Charry, interrogé par l'AFP, mais d'"un endroit où le président séjourne quelques jours et exerce ses fonctions".
M.Kraus--BVZ