L'Iran dit ne pas vouloir la guerre après les premières frappes avec les Etats-Unis en un mois
Le président iranien Massoud Pezeshkian a affirmé lundi qu'une poursuite de la guerre contre les Etats-Unis n'était pas dans l'intérêt de son pays, alors que les frappes ont repris entre les deux pays après un mois d'accalmie.
Alors que le conflit est entré dans son septième mois et que les négociations sont au point mort, ces attaques tranchent avec les récentes déclarations de l'administration américaine qui disait vouloir privilégier la pression économique contre Téhéran.
Après l'annonce des nouvelles frappes, les cours de l'or noir sont repartis en hausse, le baril de Brent, référence internationale, dépassant le seuil symbolique des 90 dollars.
"Nous continuons à œuvrer pour parvenir à un accord (...) et nous estimons que la poursuite de la guerre n'est ni dans notre intérêt ni dans celui de la région", a déclaré M. Pezeshkian lors d'un sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) au Kirghizstan.
"Face à toute agression, nous ne resterons jamais les bras croisés", avait-il cependant indiqué plus tôt, cité par les médias d'Etat.
- "Escalade dangereuse" -
Sont également attendus au sommet les président chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine, ainsi que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif dont le pays joue le rôle de médiateur.
Dans la nuit de dimanche à lundi, le Commandement militaire pour le Moyen-Orient (Centcom) avait fait état de frappes américaines contre "deux lanceurs iraniens sur l'île de Larak", située dans le stratégique détroit d'Ormuz.
Cette attaque a été lancée après que les Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de l'Iran, ont été "observés en train de se préparer à lancer des roquettes chargées de mines marines" à Ormuz, a indiqué son porte-parole, Tim Hawkins, dans un communiqué.
Selon l'agence de presse officielle iranienne Irna, les frappes ont fait deux morts et plusieurs blessés à Larak.
En représailles, les Gardiens de la Révolution ont affirmé avoir attaqué, avec des missiles balistiques et des drones, des installations de l'armée américaine sur deux bases en Jordanie.
L'armée jordanienne a dit avoir abattu huit missiles ayant pénétré son espace aérien, sans en préciser l'origine.
Téhéran a aussi indiqué avoir attaqué avec des drones une base aux Emirats arabes unis "où des hélicoptères et troupes américains sont stationnés".
Les Emirats ont dénoncé "une escalade dangereuse", disant avoir "réagi" à un drone provenant d'Iran.
L'armée américaine n'a pas commenté ces attaques, menées selon la diplomatie iranienne "conformément au droit à la légitime défense".
Les dernières frappes américaines contre l'Iran remontaient à fin juillet, lorsque Washington a dit riposter à des attaques iraniennes.
Ces dernières semaines ont été marquées par une accalmie dans la région, même si des tirs sporadiques ont été recensés, surtout dans le secteur du détroit d'Ormuz.
Ce passage maritime par lequel transitait d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures mondiaux est au coeur du conflit, Téhéran verrouillant son passage quasi en continu depuis le début de la guerre, déclenchée par une attaque israélo-américaine contre l'Iran le 28 février.
- "Protéger la circulation" -
En réponse, les Etats-Unis imposent un blocus des ports iraniens et se disent prêts "à protéger la libre circulation des échanges commerciaux", le Centcom affirmant avoir "achevé le déminage des voies de navigation internationales".
Mais lundi, la marine des Gardiens de la Révolution a affirmé qu'un "superpétrolier voyou" avait heurté deux mines navales lors d'une tentative "illégale" de franchir le détroit.
Les négociations pour mettre fin au conflit sont dans l'impasse, après qu'un protocole d'accord conclu en juin a volé en éclats le mois d'après.
Face à ce conflit impopulaire et à l'approche des élections de mi-mandat, l'administration Trump disait récemment privilégier la "guerre économique" contre l'Iran, déjà sous le coup de sanctions internationales.
"L'Iran est officiellement une nation en faillite. IL EST MORT ! (...) l'inflation atteint 300 % et ses dirigeants sont dans une totale confusion", a déclaré le président américain lundi sur son réseau Truth Social.
Un nouveau train de sanctions américaines dites "secondaires" a été présenté la semaine dernière, touchant non pas l'Iran directement mais ses partenaires commerciaux.
Le ministre des Finances, Scott Bessent, dirigera lundi et mardi aux Etats-Unis une réunion de ses homologues des pays du G20, dont fait partie la Chine, partenaire économique majeur de Téhéran, qui a déjà assuré vouloir défendre "fermement" ses intérêts et sa coopération avec l'Iran.
M.N.Langer--BVZ