Le CIO rend hymne et drapeau aux Bélarusses, pas aux Russes
Quatre ans après l'invasion de l'Ukraine, le CIO a levé jeudi les restrictions imposées aux sportifs bélarusses, qui pourront concourir avec hymne et drapeau et retrouver les sports d'équipe, tout en maintenant celles visant les athlètes russes.
L'instance reine du sport mondial "ne recommande désormais plus aucune restriction à la participation des athlètes bélarusses" aux compétitions internationales, a-t-elle annoncé après une réunion de sa commission exécutive.
Sans s'étendre sur le cas spécifique du Bélarus, sanctionné pour avoir permis à l'armée russe d'utiliser son territoire pour envahir l'Ukraine, le CIO a estimé que le sort des sportifs "ne doit pas être conditionné par les actions de leurs gouvernements, y compris leur implication dans une guerre ou un conflit".
Formellement, il reviendra aux fédérations internationales de mettre en oeuvre ce revirement, puisqu'elles demeurent libres d'appliquer ou non les recommandations successives du CIO: bannir purement et simplement les sportifs russes et bélarusses en février 2022, les réintégrer sous bannière neutre en mars 2023, et désormais rendre leurs couleurs aux seuls Bélarusses.
La situation promet de rester contrastée, puisque World Athletics compte maintenir l'exclusion totale des athlètes russes comme bélarusses tant que des "avancées concrètes vers des négociations de paix" en Ukraine n'auront pas eu lieu, selon un porte-parole interrogé par l'AFP.
Parmi les disciplines hivernales, la fédération internationale de biathlon (IBU) était sur la même ligne avant la décision du CIO, conditionnant elle aussi l'évolution de sa réglementation à celle du conflit.
A l'inverse, les instances du judo puis de la natation n'ont pas attendu le feu vert du CIO pour pleinement réintégrer les sportifs des deux pays, respectivement en novembre et avril, tout comme l'avait fait le Comité international paralympique pour les Jeux paralympiques de Milan Cortina.
- "Pas de calendrier" pour les Russes -
Cette nouvelle politique devrait permettre en 2028 le retour d'une délégation bélarusse aux JO d'été de Los Angeles ainsi aux Jeux olympiques de la jeunesse d'hiver de Dolomiti Valtellina, avec présence à la cérémonie d'ouverture et représentation au tableau des médailles. Les qualifications pour les deux événements "débuteront cet été", rappelle le CIO.
Lors des deux dernières éditions olympiques, les JO-2024 de Paris puis les JO d'hiver de Milan Cortina en février dernier, les Bélarusses concouraient aux côtés des Russes dans la catégorie des "athlètes individuels neutres", privés de leurs couleurs et en petit nombre: ils étaient 17 à Paris et 7 en Italie.
Pour justifier la distinction opérée avec les sportifs russes, le CIO rappelle que le Comité olympique russe (ROC) est suspendu depuis l'automne 2023 - pour avoir placé sous son autorité les organisations sportives de quatre régions ukrainiennes occupées -, et que de nouvelles inquiétudes ont récemment surgi au sujet du système antidopage russe.
"Nous n'avons pas de calendrier précis" pour statuer sur le sort des Russes, a indiqué à la presse Kirsty Coventry, la présidente du CIO: la demande de réintégration formulée par le ROC est entre les mains de la commission des affaires juridiques de l'instance, qui "soumettra ensuite son rapport à la commission exécutive".
Sur le fond, néanmoins, Kirsty Coventry a constamment plaidé depuis son entrée en fonction l'an dernier pour la "neutralité du sport, un espace où chaque athlète peut concourir sans être entravé par la politique", laissant présager un retour à terme des Russes dans le giron olympique.
D'autant que le CIO est régulièrement accusé d'incohérence lorsqu'il se tient à l'écart des autres conflits, en particulier l'offensive israélienne à Gaza, l'opération américaine au Venezuela et l'attaque américano-israélienne du Liban.
R.Winter--BVZ