Incendies en Indonésie : le président dénonce les "insultes" de l'étranger et un "terrorisme environnemental" interne
Le président indonésien a dénoncé mercredi des pays qui "insultent" son Etat ainsi qu'un "terrorisme environnemental" dans le pays, face aux fumées toxiques des incendies de forêt et à des Indonésiens qui ont saisi la justice.
"Certains pays aiment insulter la nation indonésienne. Le moment venu, nous révélerons les entreprises impliquées", a déclaré Prabowo Subianto lors d'une réunion de son cabinet mercredi, affirmant que "de nombreuses sociétés portent une responsabilité" dans cette crise. Il n’a cité ni noms ni nationalités.
"L'Indonésie est une nation polie et patiente. Notre pays est souvent insulté, mais croyez-moi, notre nation ne veut pas être insultée en permanence", a ajouté le président indonésien.
Les dirigeants des pays voisins de l'Indonésie, eux aussi victimes de fumées toxiques, ont proposé leur aide tout en évitant de formuler des critiques ouvertes au plus haut niveau diplomatique, mais la semaine dernière un député malaisien a tenu des propos virulents.
Les feux de forêt en Indonésie, "il faut les traiter comme les parias de la région", a déclaré Syed Saddiq Syed Abdul Rahman.
Les fumées ont pollué l'air à des niveaux dangereux également en Malaisie, à Singapour et au Timor-Oriental, poussant le bloc régional de l'ASEAN à convoquer une réunion sur cette crise.
Mercredi des habitants de Kalimantan, la partie indonésienne de l'ile de Bornéo, ont exhorté leur gouvernement à lutter davantage contre les incendies, alors qu'un tribunal de Pontianak commençait à examiner la recevabilité d'une plainte déposée contre l'État par des habitants de cette province de près de six millions d'habitants.
"Cette action en justice est un moyen d'exiger que le gouvernement soit tenu responsable de sa gestion des feux de forêt et de terres", a déclaré Achmad Mundzirin, un militant de Pontianak de 36 ans.
- Recours collectif -
Mais Prabowo Subianto a lui estimé que les causes des incendies n'étaient "pas purement naturelles".
"La population a également arrêté diverses personnes qui ont délibérément déclenché des incendies — c'est quelque chose que nous pouvons considérer comme du terrorisme environnemental", a déclaré mercredi le président indonésien promettant une enquête approfondie.
Le recours collectif a été déposé pour "négligence, omission et défaillance" du gouvernement ayant entraîné "une crise considérable de santé publique" au Kalimantan occidental.
Il vise Prabowo Subianto et 26 responsables des administrations nationale, provinciale et locale, ainsi que de la police et des services d'urgence.
"Le problème (… ) est aussi étroitement lié à la santé publique, à la qualité de l'air, à l'activité économique, à l'éducation et à la sécurité des habitants", a déclaré à l'AFP Achmad Mundzirin.
"Le président doit prendre directement en main la gestion de cette catastrophe liée aux fumées toxiques afin que notre espoir de retrouver un air pur, le ciel bleu et les rayons du soleil puisse se réaliser ici, au Kalimantan occidental", a ajouté Glorio Sanen, avocat des plaignants, évoquant la souffrance des populations.
- "Retrouver un air pur" -
Rokman Torang, avocat de l'État, a assuré mercredi que les gouvernements national et provincial "ont déjà réagi face à ce problème de fumées".
Le gouvernement a déployé des pompiers assistés de volontaires dans les zones touchées, et a recours à l'ensemencement de nuages et au largage d'eau depuis les airs, avec un succès mitigé.
Des experts affirment que les incendies en Indonésie sont en grande partie imputables aux pratiques de brûlis utilisées pour défricher les terres, qui entraînent la destruction du couvert forestier résistant au feu et l'assèchement des tourbières.
Cette année, les brasiers ont été accentués par une grave sécheresse alimentée par le phénomène climatique El Niño.
Les plaignants estiment que le gouvernement aurait pu mieux se préparer, en forant davantage de puits et en distribuant davantage de matériel de lutte contre l'incendie.
Ils exigent que le gouvernement déclare l'état d'urgence nationale afin de débloquer des ressources, et ils réclament la gratuité des soins de santé ainsi que des indemnisations pour les familles des personnes décédées de pathologies respiratoires liées aux incendies.
L'Indonésie lutte depuis juin contre des incendies qui ont brûlé près de deux millions d'hectares toutes terres confondues entre janvier et fin septembre, 12 fois la superficie de Londres, selon le site de surveillance de la déforestation Nusantara Atlas.
M.Hoffmann--BVZ