Berliner Volks-Zeitung - "Vraiment effrayés": à Bornéo, les incendies prennent de vitesse les soldats du feu

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"Vraiment effrayés": à Bornéo, les incendies prennent de vitesse les soldats du feu
"Vraiment effrayés": à Bornéo, les incendies prennent de vitesse les soldats du feu / Photo: BAY ISMOYO - AFP

"Vraiment effrayés": à Bornéo, les incendies prennent de vitesse les soldats du feu

Éreintés et travaillant sans relâche, les pompiers indonésiens de Bornéo ne parviennent pas à endiguer les brasiers qui continuent de dévorer leur île et enveloppent les localités d'un nuage de fumée étouffant.

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"Nous sommes épuisés. Parfois, nous luttons contre les incendies jusqu'à l'aube. Parfois, nous ne dormons pas", confie Sampe Ritonga, chef des pompiers du district de Sintang, situé dans la région de Kalimantan occidental.

Les soldats du feu mènent un combat périlleux, avec des moyens limités, contre des incendies attribués en partie à un épisode du phénomène climatique El Niño plus intense que la normale, qui assèche l'Asie du Sud-Est.

Les experts pointent également du doigt le changement climatique, des décennies de dégradation des forêts et les pratiques de défrichement par brûlis, qui ont modifié un paysage naturellement résistant au feu.

"Nos moyens et nos infrastructures de lutte contre les incendies sont très limités", explique encore à une équipe de l'AFP sur place M. Sampe, debout sur les braises fumantes d'un feu de tourbière.

Derrière lui, voilé par la brume, le soleil apparaît comme une étrange sphère couleur rouille dans le ciel brun-gris.

L'équipe de Sampe ne dispose que de deux camions de pompiers d'une capacité de 6.000 litres. Elle en déploie un à la fois pendant que l'autre se ravitaille.

En raison du faible niveau des cours d'eau, "nous cherchons de l'eau disponible dans les fossés... (et) les petites rivières", parfois loin des zones où les incendies font rage, ajoute M. Sampe.

À proximité, des habitants se sont rassemblés pour observer les efforts de l'équipe, offrant de l'eau potable aux secouristes.

"Il y a beaucoup de maisons ici, et c'est ce que nous devons protéger", relève-t-il encore.

- "Vraiment peur" -

Sutrismi, une habitante de 47 ans, raconte qu'elle se trouvait chez elle samedi lorsqu'elle a entendu un "crépitement". Elle a alors regardé par la fenêtre et vu de la fumée s'élever de la tourbière de l'autre côté de la route.

"La première chose que j'ai faite, c'est chercher de l'aide. J'ai contacté le chef du village", témoigne Sutrismi pour l'AFP, ajoutant avoir "peur. Vraiment peur".

À quelque 400 kilomètres de là, à Pontianak, capitale de la province, les habitants respirent un air vicié depuis des semaines.

Dans cette ville d'environ 700.000 habitants, l'odeur âcre de la fumée est perceptible même à l'intérieur des maisons.

Dimanche, le niveau de pollution aux particules fines a dépassé les 500 microgrammes par mètre cube, selon IQAir, un organisme de surveillance basé en Suisse.

C'est plus de 100 fois la limite recommandée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les particules en suspension dans l'air, si fines qu'elles peuvent pénétrer profondément dans les poumons et même dans le sang, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour la santé.

Des centaines d'écoles ont été fermées pour une durée indéterminée dans la région et quelque 200.000 élèves suivent les cours depuis leur domicile.

La province, qui a également enregistré une recrudescence des affections respiratoires, fait de son mieux, a réagi le gouverneur du Kalimantan occidental, Ria Norsan.

"Tout signalement de pénuries de personnel, d'équipement, d'eau ou d'autres besoins doit être transmis immédiatement afin que des solutions puissent être trouvées", a-t-il indiqué à l'AFP.

Près de 14.500 agents de lutte contre les incendies sont déployés sur le terrain. Neuf aéronefs sont disponibles pour le largage d'eau, trois pour la surveillance et un pour des opérations d'ensemencement des nuages visant à provoquer la pluie.

- Etat d'urgence en Malaisie -

Au nord, dans la partie malaisienne de Bornéo, l'état d'urgence a été décrété vendredi dans le district de Serian, dans l'État du Sarawak, en raison de niveaux de pollution de l'air.

À Serian, à 65 kilomètres au sud-est de Kuching, la capitale du Sarawak, les habitants tentaient dimanche de vaquer à leurs occupations habituelles, mais l'épaisse brume les contraint à limiter leurs déplacements.

"Je ne sors de chez moi que pour acheter de la nourriture et faire des courses, puis je rentre immédiatement", a confié à l'AFP Ajen Anak Kunok, 64 ans.

Ce technicien à la retraite explique avoir passé la semaine à lutter contre un essoufflement et un mal de gorge dus à la brume persistante, avant de se rendre à l'hôpital samedi.

Les défenseurs de l'environnement affirment que la destruction effrénée des forêts et des tourbières est la cause profonde des incendies.

"La tourbe est épuisée par les plantations, les monocultures, qu'il s'agisse de palmiers à huile ou de bois pour pâte à papier", a expliqué à l'AFP Belgis Habiba, responsable de la campagne forêts de Greenpeace Indonésie, à Pontianak.

Selon des estimations de Greenpeace fondées sur des données gouvernementales, quelque 35 millions de personnes en Indonésie sont exposées à cette brume toxique.

Mme Belgis exhorte le gouvernement indonésien à déclarer les incendies comme catastrophe nationale, "afin que toutes les ressources soient mobilisées... pour garantir aux habitants l'accès aux soins, sauver la faune sauvage".

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A.L.Peter--BVZ