La Bulgarie remporte la 70e édition de l'Eurovision, Israël deuxième
La chanteuse bulgare Dara a remporté l'Eurovision dimanche à Vienne avec le titre survitaminé "Bangaranga", offrant une première victoire à son pays devant Israël dont la présence avait suscité des appels au boycott.
La Roumanie a fini troisième de la 70ème édition du télécrochet le plus suivi au monde, devant les favoris des pronostics finlandais et australien.
La jeune bulgare de 27 ans, de son vrai nom Darina Yotova, a séduit aussi bien les jurys nationaux que le public qui a voté dans 148 pays avec son titre "Bangaranga", un hymne à la fête et à l'émancipation, collectant 516 points.
Le titre de sa chanson, en patois jamaïcain, signifie rébellion, et toute la salle a dansé au diapason de sa chorégraphie millimétrée, dans une mise en scène libérant les corps.
"Nous voulions offrir au public quelque chose de nouveau et de frais, quelque chose d'inattendu, capable de donner une nouvelle image de l'Eurovision", a-t-elle déclaré en conférence de presse.
"Une fois que nous pouvons laisser tomber ce masque de la quête de perfection, c'est là que nous pouvons être fidèles à qui nous sommes vraiment", a-t-elle ajouté.
Son pays des Balkans de 6,5 millions d'habitants, qui n'avait pas participé à l'Eurovision ces trois dernières années pour des raisons financières, accueillera toute l'Europe grâce à elle l'année prochaine.
"La musique rassemble les gens, elle ne les divise pas", a déclaré à Sofia Ilona Nechkova, une fan de 48 ans, sage-femme. "Dara a été patiente et nous a donné cette leçon. Bravo!"
Pourtant jusqu'à la dernière minute, le candidat israélien Noam Bettan a pu espérer gagner grâce au vote du public et la tension a atteint son paroxysme dans la salle de la Stadthalle de Vienne en voyant le schéma qui avait fait polémique l'année dernière se reproduire à l'identique.
L'Eurovision a limité cette année le vote du public alors qu'il avait été reproché à Israël en 2025, où le pays était également arrivé deuxième, de l'avoir influencé en sa faveur en faisant campagne de manière disproportionnée.
Cinq pays ont boycotté l'édition viennoise, une première, refusant de participer à une fête avec Israël, auquel ils reprochent la manière dont il a mené la guerre dans la bande de Gaza.
Plus d'un millier d'artistes internationaux avaient également appelé à faire l'impasse sur cette édition.
Mais finalement, les 343 points de l'artiste israélien, qui a partiellement chanté en français son titre "Michelle", le placent loin derrière sa concurrente. Et l'assistance, qui avait hué l'annonce des résultats d'Israël, a ovationné la Bulgare victorieuse.
Devant les journalistes après le show, l'équipe de Noam Bettan a refusé les questions qui n'étaient pas posées en hébreu.
- La France 11e -
Avec Monroe, 17 ans et "Regarde!", une chanson mêlant pop et opéra, la France un temps donnée dans le trio de tête a fait le plein des votes du jury mais n'a pas reçu beaucoup de points de la part du public. Elle a fini onzième.
"Je vais continuer à chanter, à partager des moments incroyables avec vous", a-t-elle dit, très heureuse de son expérience.
La candidate de la Roumanie, Alexandra Capitanescu, 22 ans, est arrivée troisième grâce à une présence scénique électrisante sur le titre très heavy rock "Choke me".
Du côté des favoris, l'Australie avec la star Delta Goodrem est restée au pied du podium. Quant aux favoris finlandais Linda Lampenius et Pete Parkonnen, ils devront se contenter d'une sixième place.
Alors que toute la semaine de festivités autour de l'Eurovision avait été placée sous haute sécurité, l'animateur Stéphane Bern, habitué du concours, a trouvé l'ambiance excellente: "la musique unit les coeurs. Et les gens dans la salle se moquent des considérations politiques, ils ont envie de fêter l'Europe à travers la musique".
L'an dernier, quelque 166 millions de téléspectateurs avaient suivi le concours, organisé par la Suisse. L'Autriche espérait faire aussi bien malgré le boycott de l'Espagne, l'Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et l'Islande.
Au moment où une grande partie de l'Europe était devant son écran pour assister au spectacle, la télévision espagnole RTVE a passé un bandeau noir avec le message suivant: "L'Eurovision est un concours, mais pas les droits humains. Pas d'indifférence. Paix et justice pour la Palestine."
Immédiatement après l'annonce des résultats, le diffuseur flamand VRT a annoncé dans un communiqué qu'il y avait "peu de chances" qu'il envoie "un artiste l'année prochaine", réclamant un vote sur la participation d'Israël.
Plusieurs centaines de personnes scandant "Free Palestine" ont manifesté samedi après-midi à Vienne.
"Je trouve déplorable qu'on offre une tribune à un génocide", a déclaré à l'AFP Juli Pfefferkorn, une étudiante de 17 ans venue de l'autre bout de l'Autriche pour marquer sa désapprobation.
A.G.Meier--BVZ