"Une bataille après l'autre" démarre fort aux Golden Globes
La fresque sur les dérives extrémistes des Etats-Unis, "Une bataille après l'autre", a confirmé sa domination dès le début des Golden Globes dimanche à Beverly Hills.
Grand favori avec neuf nominations, le film a raflé d'emblée les Globes du meilleur réalisateur pour Paul Thomas Anderson, du meilleur scénario et du meilleur second rôle féminin pour Teyana Taylor.
"A mes sœurs de couleur et aux petites filles de couleur qui regardent ce soir, (...), notre lumière n'a pas besoin de permission pour briller", a lancé l'actrice noire, récompensée pour son rôle de révolutionnaire d'extrême-gauche à la libido débordante.
Miroir des fractures contemporaines américaines, cette tragicomédie déroule une intrigue familiale dans une société ultra-polarisée, où l'incompatibilité entre l'héritage politique du Black Power et celui du Ku Klux Klan se résout inévitablement par les armes.
Tête d'affiche du film, Leonardo DiCaprio a toutefois dû laisser le prix du meilleur acteur dans une comédie à Timothée Chalamet, remarquable en joueur de ping-pong à l'ambition insatiable dans "Marty Supreme".
"Merci infiniment du fond du cœur, je suis en lice avec de très grands noms. Cette catégorie est ultra relevée", a lâché l'acteur franco-américain de 30 ans.
L'Australienne Rose Byrne a elle remporté le Globe de la meilleure actrice dans une comédie, grâce à son rôle de mère au bout du rouleau, épuisée par la maladie de sa fille et les embûches de la vie, dans "If I Had Legs I'd Kick You".
- "Sinners" contre "Hamnet" -
Les Golden Globes séparent les comédies des films dramatiques, ce qui empêche "Une bataille après l'autre" d'affronter "Sinners", son concurrent pour l'Oscar du meilleur film, récompensé à mi-soirée par le Globe de la meilleure performance au box-office et celui de la meilleure bande originale.
Cette fiction qui raconte la blessure profonde des personnes noires dans le Sud ségrégationniste des années 30, sur fond de contes de vampires et de rythmes de blues, se dispute le prix du meilleur film dramatique avec "Hamnet".
La tragédie explore de manière fictive le deuil d'Agnes et William Shakespeare après la mort de leur fils. L'actrice irlandaise Jessie Buckley, qui interprète l'épouse du dramaturge britannique, devrait être sacrée meilleure actrice.
Fort de huit nominations, le film norvégien "Valeur sentimentale", où Joachim Trier filme la relation douloureuse d'un père cinéaste - Stellan Skarsgard, élu meilleur second rôle masculin - avec ses deux filles, pourrait créer la surprise dans la course au meilleur film dramatique.
Une victoire de "Sinners" "indiquerait un véritable changement" des Golden Globes, explique à l'AFP Pete Hammond, chroniqueur du site spécialisé Deadline, en rappelant que leur ancien jury "n'a jamais été très attiré par les histoires sur les Noirs".
Minés par un scandale qui a révélé en 2021 les biais racistes et la corruption de leurs membres, les Golden Globes se sont réformés ces dernières années, en ajoutant plus de 200 votants issus des quatre coins du monde.
- "Un simple accident" récompensé ? -
"Cela rend les pronostics plus difficiles, mais on voit que ces nouveaux votants aiment moins les gros succès commerciaux et sont plus sensibles aux films internationaux appréciés à Cannes et Venise", poursuit M. Hammond.
L'acteur brésilien Wagner Moura pourrait ainsi devancer Michael B. Jordan, la star de "Sinners", pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique, grâce à son rôle dans "L'Agent Secret" - pour lequel il avait déjà été primé sur la Croisette.
"L'Agent Secret" et "Valeur Sentimentale" se disputent aussi le prix du meilleur film international avec le représentant de la France aux Oscars: "Un simple accident", du dissident iranien Jafar Panahi, récemment condamné à un an d'emprisonnement par la République islamique après sa Palme d'or à Cannes.
"Les Golden Globes pourraient vouloir faire passer un message en lui donnant ce prix", avance M. Hammond.
Le début de soirée a d'ailleurs adopté une tonalité assez politique, avec plusieurs célébrités portant des badges "Be Good", du nom de Renee Good, l'Américaine tuée cette semaine à Minneapolis par un agent de la police de l'immigration.
L'humoriste Nikki Glaser a également ouvert la cérémonie en attribuant "le Golden Globe du meilleur montage" au "ministère de la Justice américain".
Une référence à la polémique sur la publication partielle du dossier Epstein, boulet politique de Donald Trump aux Etats-Unis.
A.S.Neumann--BVZ