L'Amérique trumpiste célèbre ses racines chrétiennes à Washington
Des milliers de personnes se sont rassemblées à Washington dimanche pour un marathon de "prière nationale" à laquelle participaient plusieurs responsables de l'administration Trump, mais perçue par certains comme une vitrine quasi officielle du nationalisme chrétien.
Ce courant bénéficie d'une plateforme importante depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, via les discours du ministre de la Défense Pete Hegseth, membre d'une église évangélique ultraconservatrice, ou des événements religieux au sein de la Maison Blanche.
Sur la pelouse du National Mall, à deux pas des centres de pouvoir de la capitale américaine, le public a pris place, par une chaleur accablante, devant une scène ornée de vitraux représentant la fondation des Etats-Unis, dont on célèbre les 250 ans. Au programme: prêches, discours, chants patriotiques et religieux.
Eventails aux couleurs de l'Amérique, drapeaux et tee-shirts à l'effigie de Donald Trump équipaient la foule composée de personnes âgées et de familles avec enfants, priant sur du rock chrétien, les mains levées vers le ciel.
Une brève vidéo pré-enregistrée du président américain, tournée depuis le Bureau ovale où il a lu un passage de la Bible, a été projetée et applaudie par les croyants.
Selon William Lodge, venu spécialement du Michigan, le président Trump va "reconsacrer ce pays à Dieu, dont nous croyons fermement qu'il est à l'origine même de notre nation".
- "Guerre spirituelle" -
"Ces dernières années, nous avons vu des idéologies sinistres semer la confusion et la discorde parmi notre peuple (...) Nous nous tournons vers toi (...) pour que tu nous délivres des forces du mal, de l'oppression", a imploré le chef de la Chambre des représentants, Mike Johnson, depuis la scène.
Un pasteur de Virginie, Gary Hamrick, a lancé que les Etats-Unis étaient "en pleine guerre spirituelle". "C'est une bataille pour l'âme même de l'Amérique", a-t-il martelé.
Plus tôt dans la journée, Pete Hegseth a retracé dans une vidéo un épisode de la guerre d'Indépendance américaine, appelant à "prier sans cesse" pour les Etats-Unis, à l'image du Père fondateur George Washington.
Vicky Moon, 37 ans, a loué Mike Johnson et "la façon dont il représente les chrétiens". Casquette USA à paillettes vissée sur la tête, la jeune femme dit avoir "adoré le discours de Pete Hegseth" et "apprécie qu'il réorganise notre armée pour la recentrer sur le Christ".
Wyatt Biagini, 21 ans, venu avec sa famille depuis la Floride, a décrit un "moment historique" et un événement "vraiment important pour notre pays".
Les organisateurs ont distribué des sacs floqués "liberté religieuse 250" contenant les Dix commandements ou encore un livre intitulé "Chute et renaissance de Jérusalem".
- "Christianisme blanc" -
S'il "n'est pas rare de voir un groupe de pasteurs évangéliques se réunir et associer christianisme et nationalisme", il est "très inhabituel" que des membres de l'administration y participent, relève Sam Perry, professeur spécialisé dans la rhétorique à l'université Baylor (Texas).
L'administration Trump fait la promotion d'une "identité américaine ancrée dans le christianisme blanc" ou dans des racines "européennes", constate-t-il.
Mais ni la Déclaration d'indépendance, ni la Constitution ne mentionnent "la religion, Dieu, ou Jésus", précise Julie Ingersoll, professeure d'études religieuses à l'Université de Floride du Nord.
Pour elle, l'événement envoie le message que le christianisme est l'apanage des "Américains traditionnels", face aux autres religions ou personnes athées "mises à l'écart".
En réalité, estime Sam Perry, "il s'agit moins de la renaissance d'une certaine forme de christianisme que de la promotion d'un mouvement politique utilisant la religion pour justifier certaines positions", notamment anti-immigration.
"Les détracteurs qui ont inventé ce nouveau terme de +nationalisme chrétien+, péjoratif et dénigrant, essaient de réduire au silence l'influence et les voix des chrétiens", a répondu Mike Johnson, sur la chaîne Fox News dimanche.
Parmi les invités figurent l'ex-archevêque de New York Timothy Dolan, aux idées très conservatrices, Robert Jeffress, pasteur baptiste du Texas et proche du président Trump, ou encore Samuel Rodriguez, pasteur évangélique ayant lu une prière lors de sa première investiture en 2017.
Tous sont chrétiens, le plus souvent protestants évangéliques, à l'exception du rabbin orthodoxe Meir Soloveichik.
E.Ludwig--BVZ