Incendie en Gironde: nuit calme, mais vent et chaleur menacent
Le mégafeu qui ravage la Gironde est "toujours stabilisé" mercredi matin après une seconde nuit "calme", mais les pompiers restent sur le qui-vive face au retour du vent et de fortes chaleurs attendu dans la journée.
"C'est aujourd'hui qu'on craint", déclare à l'AFP Jérémy Presi, un volontaire rencontré à un poste de ravitaillement d'eau improvisé au nord de Marcheprime, commune à l'épicentre de l'incendie ces derniers jours.
Malgré l'accalmie des deux dernières nuits, pas question pour ce chef d'entreprise en temps normal d'abandonner son poste.
"Eux les touristes peuvent prendre leur bagnole et partir. Ici, c'est chez nous", lance-t-il, au milieu d'une épaisse fumée qui obscurcit la route, où circulent des camions de pompiers en direction du brasier.
Une semaine après le début du plus gros incendie de forêt à ravager la France depuis 1949, "la nuit a été calme, le feu est ce matin toujours stabilisé avec plusieurs reprises de feu traitées rapidement cette nuit", a annoncé la préfecture.
Avec 42.000 hectares partis en fumée, "la surface brûlée" n'a pas évolué, selon un communiqué de la préfecture. En revanche, le bilan des blessés dans les rangs des soldats du feu s'est alourdi, avec 126 sapeurs-pompiers blessés, soit 16 de plus que la veille.
Vu du ciel, la forêt ressemble à un cimetière de pins calcinés, s'élevant à perte de vue avec leur tronc noirci et encore parfois quelques touffes d'épines à leur cime.
- "Très compliqué" -
Les pompiers surveillent trois points chauds: le nord-ouest du bassin d'Arcachon (Grand-Crohot et Lège-Cap-Ferret), et, en lisière de l'agglomération bordelaise, les secteurs de Cestas et du camp militaire de Souge.
Au PC de Lège envahi d'une fumée âcre, "on se concentre surtout sur la dune qui brûle entre le Crohot et Lège", déclare un pompier à l'AFP. "L'objectif va être d'empêcher qu'il descende plus au sud vers la presqu'île (du cap Ferret) où il y a des villages".
Le combat sur la dune est "très compliqué", explique-t-il: "avec le plafond de fumée, les moyens aériens ne peuvent pas intervenir. Au sol, c'est compliqué aussi, on ne peut pas s'approcher trop du feu avec les véhicules", qui risquent de s'ensabler.
Après une baisse des températures ces derniers jours, la chaleur revient, la Gironde et le département voisin des Landes étant placés en vigilance orange canicule à partir de midi, de quoi assécher encore une végétation prompte à s'enflammer.
La préfecture fait état de "températures attendues dans les terres jusqu'à 41°C et jusqu'à 38°C sur le littoral".
Outre la chaleur, le vent risque de souffler sur les braises et d'alimenter de nouveau l'incendie.
Les autorités s'attendent dès le début d'après-midi à des vents d'ouest avec des rafales de 30 à 45 km/h, et un taux d'humidité en baisse. Un risque d'orages est annoncé pour jeudi.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.
- "Coupes tactiques" -
Les pompiers ont dû intervenir mardi en Gironde sur 14 reprises de feu.
"On ne va pas repartir sur un feu généralisé sur l'ensemble de la zone sinistrée", a déclaré le lieutenant-colonel Eric Pitault, du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS 33). Mais "il faut qu'on reste très vigilants".
Un chantier colossal de 127 kilomètres de "coupes tactiques", quasiment achevé, vise à priver l'incendie de "combustible" et à empêcher sa progression, selon la DFCI (Défense de la forêt contre les incendies) Aquitaine.
Profitant d'une relative accalmie, 57.000 habitants de trois villes proches de Bordeaux évacués dans la nuit de vendredi à samedi vont pouvoir rentrer chez eux "s'ils le souhaitent", a annoncé la préfète Sophie Brocas.
Depuis le début du mégafeu, 222.000 personnes ont été évacuées de manière préventive dans 24 communes.
Le feu n'étant pas "fixé", c'est-à-dire endigué, le retour du plus grand nombre de personnes dans leurs hébergements n'est à ce stade pas envisageable.
Pas moins de 62 campings ont été évacués en Gironde et dans les Landes, représentant 50.000 vacanciers, selon la Fédération nationale Hôtellerie de plein-air.
Aucun TGV ne devait circuler au sud de Bordeaux mercredi, hormis ceux qui desservent Agen et Toulouse, et l'autoroute A63 reste fermée dans les deux sens entre Bordeaux et Bayonne.
Après avoir incité "fortement" les touristes, dimanche, à "ne pas rejoindre la Gironde", au grand dam des professionnels du secteur, la préfète a précisé mardi qu'ils pouvaient venir "au nord de la Garonne", où "on est tout à fait en sécurité" parce que "le feu ne passera pas".
Ces derniers jours, le sud-est de la France a également été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et dans le Var.
Dans ce dernier département, le feu qui a parcouru environ 4.500 hectares en huit jours dans le massif du Gros Bessillon est désormais "fixé", a annoncé la préfecture.
En Espagne, le Premier ministre Pedro Sanchez a affirmé apercevoir "la lumière au bout du tunnel" après de terribles incendies dans la région de Madrid, où de premiers ordres d'évacuation ont été levés.
A.Huber--BVZ