Route du Rhum: le Maxi Edmond de Rothschild, "vision du futur" et pari osé avant la traversée
Mystère et paire de foils. Le nouveau Maxi Edmond de Rothschild prend le départ le 1er novembre de la Route du Rhum à Saint-Malo, sans avoir jamais navigué en compétition. A son bord, Charles Caudrelier espère conserver son titre face à une concurrence intriguée.
"La dernière fois, j'arrivais sur un bateau ultra-préparé qui était la référence. Aujourd'hui, je suis sur un bateau neuf, très prometteur et innovant, mis à l'eau il y a quelques mois seulement", résume le navigateur de 52 ans, vainqueur du Rhum en 2022.
Le voilier, amarré depuis mi-février dans le port de Lorient (Morbihan), est la dernière création de l'écurie Gitana et le nouveau représentant de la classe Ultim, ces trimarans de 32 m de long pour 23 m de large filant au-dessus des océans à très haute vitesse.
Son grand-frère, baptisé Gitana 17, avait initié l'ère du vol océanique en multicoque en 2017, avant de quasiment tout écraser en course pendant des années. Le 18e du nom, fruit de deux ans de construction, est lui aussi appelé à marquer une révolution.
"J'ai encore peu navigué sur le bateau (...) Je n'arriverai sans doute pas en favori mais avec une nouvelle arme redoutable. Je ne m'aligne pas pour faire de la figuration", prévient Charles Caudrelier.
- Un pari -
Tout ne s'est pourtant pas passé comme prévu pour le trimaran jaune et bleu. Alors qu'il devait prendre initialement le départ de sa première course fin 2025, la Transat Café L'Or, il n'a tiré ses premiers bords qu'au tout début du printemps 2026.
"La mise en oeuvre des foils a été plus longue que prévu. Ce sont des pièces extrêmement complexes, qui ont mis du temps à être construites, avec aussi des ratés", raconte à l'AFP le directeur de l'équipe Gitana, Cyril Dardashti.
Ces appendices en Y, inspirés de ceux utilisés en Coupe de l'America, doivent permettre au voilier d'être plus puissant dans des conditions variées. Figurant parmi les autres innovations annoncées, des safrans en U le rendent plus maniable à haute vitesse.
"On est heureux car tous les systèmes marchent, l'hydraulique, l'électronique... Chaque sortie nous fait progresser et l'évolution d'une semaine sur l'autre est énorme", sourit Dardashti, qui reconnaît tout de même "avoir été un peu pris par le temps".
"On n'est pas encore à 100 % de l'exploitation du bateau. Après la course, il y aura des modifications. On a priorisé la fiabilité : c'est une transat en solo, on ne veut pas laisser Charles en rade au milieu de l'Atlantique", souligne le directeur sportif.
- "Cela fait cogiter" -
Avec seulement 7.000 milles (13.000 km) de parcourus, dont une grande partie avec un seul foil sur les deux installés en vue de la course, et peu de répétition en solitaire pour Caudrelier, l'équipe est ambitieuse mais "reste lucide" sur l'enjeu.
"Quand on regarde l'histoire de cette course, il n'y a pas un bateau qui a été mis à l'eau quelques mois avant qui a gagné. C'est un peu comme arriver aux Jeux olympiques avec beaucoup moins d'entraînement et aucune compétition", dit Dardashti.
Accaparé par les derniers réglages, le nouveau Maxi Edmond de Rothschild n'a pas pris part fin septembre à la dernière confrontation entre géants des mers, les 24 H Ultim, remportée à Lorient par Tom Laperche sur SVR Lazartigue, devant Banque Populaire.
"C'est étrange de se préparer à affronter un adversaire qu'on aura très peu vu. Cela ne me dérange pas, on se concentre sur nous. Mais on a hâte d'en savoir plus sur les premiers bords du Rhum", dit à l'AFP Laperche, favori de la course.
"C'est juste magnifique, visuellement et technologiquement. Cela fait cogiter les bureaux d'études de toutes les équipes concurrentes", avance de son côté Anthony Marchand, qui navigue à bord d'Actual, l'ex-Gitana 17.
"Ce n'est pas en six mois que tu fiabilises un bateau comme ça, prévient-il. Mais je ne sais pas si c'est très grave, car c'est un développement qui n'est pas que pour la Route du Rhum, c'est une vision du futur de la course au large".
D.Franke--BVZ