Equipe de France: l'état de grâce de Zidane
Deux victoires en deux matches en Turquie et en Belgique, de la jeunesse et du talent: tout sourit à Zinédine Zidane qui a insufflé un vent de fraîcheur à l'équipe de France dont il essaye de remodeler le visage à son image.
. Du plaisir et du jeu
Il s'agit sans doute de la principale rupture avec l'ère Didier Deschamps. Depuis son arrivée à la tête des Bleus, Zidane affiche clairement son ambition de privilégier la technique et la maîtrise du jeu avec son dispositif en 4-3-3, une philosophie guère surprenante pour l'ancien N.10 de légende.
Encore fallait-il que celle-ci se matérialise rapidement sur le terrain. A ce titre, le sélectionneur a de quoi être comblé après la prestation assez impressionnante de ses troupes en Belgique (1-0), sur les terres des quarts de finalistes du Mondial-2026.
Le choix de miser sur des joueurs créatifs et habiles balle au pied, notamment au milieu de terrain, s'inscrit dans cette logique. Zidane n'a pas hésité à faire évoluer des éléments offensifs, comme Rayan Cherki ou Maghnes Akliouche, au poste de relayeur. La trouvaille Lucas Da Cunha, qui a fait valoir sa qualité de passe dans un rôle de sentinelle à Bruxelles, confirme également cette démarche.
Des ressorts dont Zidane avait déjà usé sur le banc du Real Madrid avec un entre-jeu articulé autour de Toni Kroos et Luka Modric.
"Quand tu as des joueurs qui ont une grosse intelligence de jeu, qui sont bons techniquement et qui courent, c'est plus facile de se comprendre et je pense qu'avec plus d'automatismes, ce sera encore meilleur", a analysé le défenseur Pierre Kalulu.
Symbole de cette volonté d'imposer son jeu, la France a réussi 92,8% de ses passes dans le camp adverse lundi, selon le statisticien Opta, le plus haut pourcentage pour les Bleus sur les vingt dernières années.
. La jeunesse pousse
La densité du programme de ce premier rassemblement, avec quatre rencontres en 10 jours, imposait forcément un turn-over dès le deuxième rendez-vous en Belgique, lundi. Mais Zidane est allé très loin en changeant neuf joueurs par rapport au onze de départ aligné trois jours plus tôt en Turquie (1-0), lançant même trois novices en sélection (les défenseurs Jérémy Jacquet et Andy Diouf, le milieu Lucas Da Cunha). Le pari a pourtant été gagnant.
Comme Didier Deschamps, le nouveau patron des Bleus a la chance de pouvoir puiser dans l'abondant réservoir français, quasiment unique au monde. Il a donc lui aussi décidé d'utiliser la Ligue des nations pour ouvrir son groupe. Bien que le passage au statut d'international soit loin d'être évident, les jeunes ont parfaitement répondu aux attentes, sans doute grisés par l'effet "Zizou".
"J'ai des joueurs à ma disposition qui sont tous très bons. Après, c'est à moi de faire des choix. Ils ont montré qu'ils sont tous concernés. L'idée c'était de dire qu'on change des joueurs mais que ça ne change pas la physionomie de ce qu'on veut voir sur le terrain", a expliqué Zidane après le succès en Belgique.
Les buts victorieux de Kylian Mbappé en Turquie et de Michael Olise en Belgique sont là pour rappeler qui sont les vrais tauliers en bleu mais la jeunesse, à défaut de prendre immédiatement le pouvoir, pousse gentiment derrière.
. Une défense de fer
"On sait qu'on est bon avec le ballon, il faut qu'on le soit aussi sans le ballon", martèle Zidane. Le sélectionneur peut ainsi pleinement savourer la solidité de sa défense, qui n'a pas pris de but en deux sorties.
Malgré l'absence pour cause de blessure de William Saliba, qui formait sous Deschamps la charnière centrale aux côtés de Dayot Upamecano, un axe inédit en Belgique (Jérémy Jacquet-Maxence Lacroix) et un renouvellement sur les côtés (Adrien Truffert à gauche en Turquie, Pierre Kalulu à droite et Andy Diouf à gauche en Belgique), l'arrière-garde française a été irréprochable jusque-là, bien aidée par les arrêts décisifs de Mike Maignan.
Pour Zidane, l'envie d'imposer son jeu n'exclut pas la rigueur défensive. Pétri de culture ibérique, l'ancien entraîneur du Real Madrid sait bien que le sacre mondial de l'Espagne s'est appuyé autant sur la maitrise technique de son milieu que sur la qualité de sa défense (un seul but encaissé). Une réussite dont il compte bien s'inspirer.
V.Schulte--BVZ