JO: Malinin au sol, soirée irréelle au patinage: "tout s'est déréglé"
Invaincu depuis plus de deux ans et grandissime favori pour le titre aux Jeux de Milan Cortina, le patineur américain Ilia Malinin a complètement sombré vendredi au cours d'une soirée irréelle où quasiment tous les favoris ont semblé submergés par la pression olympique.
"Je n'ai jamais vu ça de toute ma vie", affirme à l'AFP Florent Amodio, champion d'Europe en 2011 devenu entraîneur, au lendemain d'une des soirées les plus déconcertantes de l'histoire du patinage aux Jeux. "C'était une soirée très surprenante, mais ça envoie le message que les Jeux, c'est très spécial."
Au bout de la soirée, c'est le Kazakhstanais Mikhail Shaidorov, que personne n'attendait, qui a été sacré champion olympique à l'issue d'un programme à cinq quadruples sauts.
Malinin, double champion du monde en titre qui écrasait sa discipline depuis plus de deux saisons, était en tête après le programme court, mais il a capitulé et a finalement terminé 15e dans le libre, 8e au général.
"Je n'arrive toujours pas à croire que je suis champion olympique", a réagi Shaidorov. Et il n'est pas le seul.
"Je ne peux même pas exprimer ce qui a pu se passer", a réagi l'Américain Nathan Chen, champion olympique en 2022, au micro de Yahoo Sport. Lui-même avait manqué ses débuts olympiques en 2018 en terminant 5e avant d'être couronné quatre ans plus tard à Pékin.
"Ça me fait repenser à mon expérience de 2018, lorsque j'ai abordé le programme court avec beaucoup de pression, beaucoup d'inquiétudes dans ma tête, beaucoup de doutes", a-t-il développé.
- "Ooooh!" -
Vendredi soir, Malinin a réussi un premier quadruple flip au début de son passage. Mais ensuite, son fameux quadruple Axel - saut le plus difficile de l'éventail, et qu'il est le seul patineur au monde à maîtriser - est devenu un simple Axel, donnant le ton du reste du programme.
"L'une des choses les plus difficiles quand on se produit devant une salle comble, c'est qu'on ressent vraiment viscéralement la réaction du public", poursuit Nathan Chen. "Je me souviens de mon premier saut (en 2018) et de ce que j'ai ressenti. Tout le public s'est exclamé +Ooooh!+, et ça fait mal au plus profond de vous-même. Il faut alors se ressaisir, mais toute l'énergie de la patinoire change et on sent la tension monter."
La sidération a en effet semblé saisir la patinoire milanaise vendredi même si les spectateurs ont continué d'encourager leur chouchou tout au long du programme.
Au moment où il a raté son quadruple Axel, "il y a tout qui est revenu dans sa tête", complète Florent Amodio. "Je pense honnêtement qu'il ne le rate jamais. Donc il était surpris de rater. Le problème, c'est que cette surprise a amené d'autres surprises. Il s'est perdu, plein d'idées sont venues dans sa tête. Et la machine s'est déconnectée. J'ai complètement senti qu'il se perdait, et de fil en aiguille, tout s'est déréglé."
A l'inverse, Mikhail Shaidorov, qui ne songeait sans doute même plus au podium après sa cinquième place du programme court, est apparu libéré. Tout comme le Japonais Shun Sato, seulement neuvième du court, et qui a réussi à décrocher le bronze.
- Stratégie -
"Ils se sont dit: +Il n'y a pas beaucoup de chances qu'on ait la médaille, mais essayons de s'arracher en sortant le meilleur+", ajoute le champion d'Europe 2011, désormais à la tête de sa propre académie.
"Il y a plein de choses à retenir de cette soirée, mais en tant que coach, je me dis que la stratégie devient si importante. Il faut savoir inculquer à nos athlètes le fait de pouvoir changer de stratégie et d'avoir un plan B ou un plan C en fonction de la compétition."
Selon lui, le Français Adam Siao Him Fa, idéalement placé pour une médaille après le court, peut nourrir des regrets. Il a terminé septième, après avoir notamment chuté puis posé une main au sol. "On se dit qu'il aurait pu être champion olympique avec trois quads complètement propres, plus un programme magnifique..."
"Après ce sont des discussions d'après compétition...", reconnaît-il.
Quant à Malinin, "il est encore jeune (21 ans) il a encore soif de réussite", assure Chen. "Il a encore beaucoup de potentiel et on continuera certainement à parler de lui pendant le prochain cycle olympique. Mais il va devoir réfléchir et réévaluer son état mental et physique, et essayer de déterminer comment il peut aborder les prochains Jeux olympiques et obtenir un résultat différent."
M.Kraus--BVZ