Berliner Volks-Zeitung - En Inde, le gouvernement cadenasse la révolte contre la commission électorale, l'opposition promet de continuer

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En Inde, le gouvernement cadenasse la révolte contre la commission électorale, l'opposition promet de continuer
En Inde, le gouvernement cadenasse la révolte contre la commission électorale, l'opposition promet de continuer / Photo: Manan VATSYAYANA - AFP

En Inde, le gouvernement cadenasse la révolte contre la commission électorale, l'opposition promet de continuer

Le gouvernement indien a procédé à de très nombreuses arrestations samedi dans les rues de New Delhi pour empêcher la manifestation exigeant la démission du président de la Commission électorale, mais l'opposition a promis de poursuivre la fronde.

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Au motif que le rassemblement annoncé n'avait pas été autorisé, la police a interpellé dans la matinée les trois principaux chefs du mouvement des "cafards", à l'origine de la révolte, dans l'avion qui les menait à New Delhi.

"Nous sommes venus pour être arrêtés, arrêtez-nous", a lancé, bravache, le fondateur du "parti du peuple des cafards" (CJP), Abhijeet Dipke, selon les images des télévisions locales.

Cadenassé depuis la veille par plus de 20.000 policiers, selon l'agence Press Trust of India, et privé d'internet mobile, le centre-ville de Delhi est resté samedi inaccessible aux manifestants, ont constaté les journalistes de l'AFP.

Tout au long de la journée, les forces de l'ordre y ont systématiquement arrêté tous ceux qui tentaient de rejoindre le site de Jantar Mantar, le point de rendez-vous fixé par les organisateurs de la manifestation.

Selon le quotidien The Hindu, plus de 5.000 personnes ont été arrêtées depuis le début de la journée.

La police n'a pas publié de décompte des arrestations.

A la pointe de la révolte, le chef de l'opposition Rahul Gandhi a appelé la population à ne pas se laisser dissuader par la répression et à poursuivre la mobilisation.

- "Arrêtez-nous tous" -

"Continuez à manifester", a lancé l'élu du parti du Congrès sur les réseaux sociaux. "M. (le Premier ministre Narendra) Modi, faites ce que vous voulez (...) arrêtez les dirigeants, arrêtez les jeunes, arrêtez-nous tous (...) nous ne cèderons pas".

"Nous referons la même chose demain (...) qu'ils remplissent les prisons", a renchéri un dirigeant des "cafards", Ajinkya Shinde, qui a fait état de 15.000 arrestations.

Le CJP a été créé en mai en réaction à des propos du président de la Cour suprême, Surya Kant qualifiant les jeunes chômeurs de "parasites" et de "cafards".

De nombreux défilés de protestataires se sont spontanément formés tout l'après-midi dans la capitale, hors du périmètre interdit par la police, selon de nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

"Je suis ici pour défendre la Constitution", a indiqué Saransh, un étudiant de 24 ans qui a préféré taire son patronyme. "Pourquoi devrais-je demander la permission de protester pacifiquement dans la +plus grande démocratie du monde"+ ?", a-t-il demandé.

Depuis plusieurs semaines, l'opposition et les "cafards" mènent la fronde contre une révision des listes électorales qui s'est traduite par la radiation de 130 millions d'inscrits, selon le décompte des médias.

Entamé dès l'an dernier, ce nettoyage visait à en retirer les doublons, défunts et fraudeurs.

Mais ses détracteurs l'accusent d'écarter en priorité les minorités, notamment les musulmans, et les populations les plus vulnérables au profit du Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi.

La commission électorale (CEI) et son président Gyanesh Kumar ont démenti toute irrégularité dans la révision des listes électorales.

- "Dictature" -

La répression de la manifestation a suscité les vives critiques des opposants à Narendra Modi, qu'ils accusent depuis des années de dérive autoritaire.

"C'est officiel, nous vivons dans une dictature dirigée par Modi", s'est exclamé sur les réseaux sociaux l'ancien maire d'opposition de New Delhi, Arvind Kejriwal. "Ce que nous voyons aujourd'hui est honteux et inconcevable", a déploré sur X l'ex-député du parti du Congrès Shashi Tharoor.

Le président du BJP au pouvoir, Nitin Nabin, a défendu à l'inverse l'action des autorités contre ceux qu'il a accusés de vouloir "déstabiliser" l'Inde. "Cette concurrence entre anarchistes pour créer l'instabilité dans le pays ne réussira pas", a-t-il dit à la presse.

Le 20 juillet, la police avait sévèrement réprimé à New Delhi une manifestation de dizaines de milliers de personnes organisée par les "cafards" pour dénoncer des fraudes aux examens universitaires, à l'origine de suicides d'étudiants.

Les échauffourées avaient fait 180 blessés selon les forces de l'ordre, "plusieurs centaines" selon les manifestants.

Cinq jours de mobilisation plus tard, Narendra Modi, qui s'est bâti une image d'homme fort depuis son arrivée à la tête de l'Inde en 2014, n'avait eu d'autre choix que d'accepter la démission de son ministre de l'Éducation. Une première.

"L'image de Modi est sérieusement ternie depuis", a commenté auprès de l'AFP l'analyste politique Nilanjan Mukhopadhyay. La révolte actuelle "survient alors qu'il n'a jamais paru aussi faible politiquement", a-t-il estimé, "et sa situation va encore se compliquer dans les mois à venir".

D.Lang--BVZ