"Flottille pour Gaza": expulsés par Israël, les militants étrangers arrivent en Turquie
Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention.
Ils ont été accueillis à l'aéroport par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens.
Deux autres vols doivent suivre, affrétés par le ministère turc des Affaires étrangères, en provenance de l'aéroport Ramon situé près d'Eilat dans le sud d'Israël, pour rapatrier "422 participants à la flottille, dont 85 citoyens turcs", selon des sources au sein du ministère des Affaires étrangères.
Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, à l'ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus à la prison de Ktziot (sud), selon l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, qui assure leur représentation légale et leur défense.
Ils ont "tous été expulsés", a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, sans préciser s'ils avaient été jugés.
Les militants égyptiens et jordaniens ont eux été transférés vers leurs pays, à Taba et Aqaba, près des frontières avec Israël.
Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés vers la Turquie et doivent être pris en charge à leur arrivée à Istanbul par l'ambassade de France pour un rapatriement dès que possible, a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux, lors d'une conférence de presse.
Une militante israélienne, Zohar Regev, a été déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv.
Elle a été libérée avec pour condition l'interdiction d'entrer à Gaza pendant deux mois, a indiqué son avocate Hadeel Abou Salih, alors qu'il est de toute façon interdit pour les civils israéliens de se rendre dans le territoire palestinien.
- "Partisans terroristes du Hamas" -
Partis de Turquie, les militants de la "Global Sumud Flotilla" ("sumud" signifie "résilience" en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente "flottille pour Gaza" avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.
"Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a estimé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en référence au mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre en lançant une attaque sans précédent sur Israël le 7 octobre 2023.
Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale , figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées.
Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.
"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram.
- "Traitement de luxe" -
Les images diffusées ne sont "pas conformes aux valeurs d'Israël", a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant M. Ben Gvir d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux". L'intéressé a défendu au contraire "une grande source de fierté".
En Europe, plusieurs pays ont appelé l'UE a prendre des sanctions contre Israël et contre le ministre. Le traitement réservé aux détenus a ainsi été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses" et demandé des mesures contre Ben Gvir.
Le Premier ministre irlandais a condamné le "traitement choquant réservé aux citoyens de l'UE" et réclamé "la suspension d'une partie, voire de la totalité, de l'accord d'association entre l'UE et Israël".
En Pologne, le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a dit qu'il souhaitait le déclarer persona non grata, après la convocation du chargé d'affaires israélien.
L'Italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, a salué sur X les prises de positions condamnant "l'humiliation infligée aux membres de la Flottille".
Ce qu'ont subi ces militants est "un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes", a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser "de s'opposer à la suspension de l'accord (d'association) UE-Israël."
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D.Franke--BVZ