Birmanie: Min Aung Hlaing, du coup d'Etat à la présidence
Le général birman Min Aung Hlaing était à quelques mois de la retraite militaire obligatoire en 2021 lorsqu'il a renversé le gouvernement démocratique et s'est autoproclamé dirigeant du pays, sur lequel il va encore prolonger son emprise.
Après avoir passé près d'un demi-siècle dans les rangs de l'armée, "MAH", 69 ans, a été désigné vendredi par le Parlement pour endosser le costume civil de président de la Birmanie et de ses 50 millions d'habitants.
Le petit officier à lunettes était devenu commandant en chef des forces armées en 2011, au moment même où la Birmanie rompait avec son histoire de régime militaire autoritaire pour entamer une expérience démocratique.
Le pays d'Asie du Sud-Est est déchiré depuis par une guerre civile, des militants pro‑démocratie ayant pris les armes contre la junte, aux côtés de mouvements armés issus de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.
Le Parlement avait entamé lundi le processus de sélection du président, après la victoire sans opposition des partis pro‑militaires en début d'année à l'issue d'élections législatives organisées par la junte.
En vertu de la Constitution, "MAH" a dû abandonner ses fonctions militaires pour devenir président.
Un ancien espion, surnommé les "yeux et les oreilles" de Min Aung Hlaing, l'a remplacé au poste de commandant en chef des forces armées, ce qui lui permettra de continuer à tirer les ficelles en coulisses.
Couvert de ses nombreuses décorations militaires et civiles, le chef de la junte a présidé la semaine dernière les célébrations de la journée annuelle des forces armées du pays.
Le gouvernement a été "légitimement élu par le peuple", a-t-il déclaré, avant d'annoncer que l'armée le soutiendrait "dans le but de renforcer et de pérenniser le système de démocratie multipartite".
Mais les élections législatives de décembre et janvier ont été dénoncées par la communauté internationale et les défenseurs des droits humains comme une manoeuvre destinée à transférer le pouvoir de l'armée à elle-même, sous un déguisement civil.
- Répression -
Min Aung Hlaing appartient au groupe ethnique dawei. Il a passé son enfance dans le centre du pays, où son père dirigeait le département des arts d'un institut de formation des enseignants.
Il a étudié le droit à l'université avant de s'inscrire à l'école de formation des officiers. Il a gravi les échelons et dirigé une campagne de répression contre une insurrection de rebelles issus de minorités ethniques.
Son prédécesseur, Than Shwe, a dirigé la Birmanie pendant près de deux décennies. Min Aung Hlaing a lui été placé sous commandement civil entre 2011 et 2021, même si l'armée continuait alors de jouer un rôle clé en politique.
Bien avant le coup d'Etat, Min Aung Hlaing était déjà persona non grata dans de nombreux pays pour avoir dirigé en 2017 une répression contre la minorité ethnique rohingya, qui a poussé 750.000 personnes à fuir vers le Bangladesh.
Il a été banni de Facebook pour avoir attisé des discours de haine et la procureure en chef de la Cour pénale internationale réclame son arrestation pour crimes contre l'humanité.
Le général devenu président nie toute accusation de violations des droits humains.
K.Schneider--BVZ