Un lieu de répit: 17 ans après, le zoo de Tripoli, en Libye, a rouvert ses portes
Il devait seulement fermer pour travaux, il s'est retrouvé au milieu des violences, avec des animaux massacrés par des hommes armés. Le zoo de Tripoli, la capitale libyenne, a rouvert le mois dernier après 17 ans de fermeture, offrant un nouvel espace de loisirs - et de répit - aux habitants.
En ce premier jour de l'Aïd el-Fitr, la fête de fin du mois de jeûne musulman du ramadan, des centaines de familles se pressent devant le portail du zoo malgré la pluie.
Les yeux écarquillés, les enfants, dans leurs tenues flambant neuves achetées pour l'Aïd, observent les ours, lions, tigres du Bengale, oryx blancs avec leurs longues cornes fines et droites dans leurs cages ou leurs enclos.
Plusieurs espèces indigènes sont aussi là, comme le fennec, la gazelle leptocère ou encore le waddan - du nom d'une région du sud libyen -, une espèce de mouflon, tous menacés à cause du braconnage.
Vêtu de l'habit traditionnel brodé, Mohammed Erbeh, un fonctionnaire de 44 ans accompagné de ses trois enfants, se dit "très heureux" de la réouverture. "Enfin un endroit où emmener les enfants pour des sorties dont ils ont été privés pendant presque vingt ans", se félicite-t-il.
- Lions tués -
Créé en 1985, le zoo de Tripoli, parc de 45 hectares au coeur de la capitale, avait fermé en 2009, sous Mouammar Kadhafi, pour des travaux de modernisation. Mais le chantier a été stoppé net en février 2011, lorsque a éclaté une révolte populaire contre le pouvoir autoritaire du dirigeant libyen.
Le personnel a dû fuir les combats, le parc étant situé non loin de Bab al-Aziziya, le célèbre complexe fortifié de Mouammar Kadhafi.
Les animaux étaient traumatisés, des balles perdues jonchaient le sol, avait alors constaté l'AFP. Pour aider les bêtes abandonnées, des ONG ont envoyé de la nourriture et des médicaments.
Violemment réprimé, le soulèvement s'est transformé en guerre civile, avec une intervention militaire internationale suivie de la chute du pouvoir de Kadhafi, puis d'une instabilité prolongée q- ui perdure aujourd'hui.
Depuis 2014, la Libye, minée par des luttes fratricides, est divisée en deux et gouvernée par des exécutifs parallèles: celui d'Abdelhamid Dbeibah à l'ouest, reconnu par l'ONU; un autre à l'est, affilié au maréchal Khalifa Haftar.
Pendant de longues années, le parc est resté fermé, aux mains d'une milice. Un centre de tri de migrants a été implanté à proximité.
Lorsque des combats ont éclaté l'an dernier entre des forces progouvernementales et la milice qui contrôlait le secteur de la ville où se trouve le zoo, des dizaines d'animaux ont été abattus par des hommes armés, selon les déclarations faites à l'AFP par un responsable de la direction préférant rester anonyme.
A l'époque, des photos et vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant des lions atteints par balle et des hommes armés embarquant des gazelles dans des 4x4.
- Oublier les crises -
Des dizaines d'autres, dont des espèces rares, ont été volés, selon cette même source.
Sur 1.100 animaux, le zoo n'en comptait plus que 700 environ à sa réouverture, mais la direction a entrepris de reconstituer la population animale par des achats à l’étranger.
Pendant des années, les autorités n'ont pas pu intervenir dans cette zone contrôlée depuis 2011 par les miliciens d'Abdelghani al-Kikli, accusés de trafic d'êtres humains, de torture et de meurtres de prisonniers, et même d'être responsables de charniers découverts aux alentours du zoo. Abdelghani "Gheniwa" el-Kikli a été tué l'an dernier.
C'est à l'été 2025 que le gouvernement d'unité nationale, ayant regagné le contrôle du secteur, a repris le chantier pour remettre les installations aux normes internationales et réaménager les espaces consacrés aux animaux.
Aujourd'hui, une équipe de vétérinaires et de soignants veille sur les animaux, et 450 caméras de surveillance ont été installées dans le parc ainsi que des systèmes audio avec des haut-parleurs, des interphones et des alarmes.
Abdallah Aoun, pilote de ligne de 62 ans, se dit fier de cet endroit, idéal selon lui pour oublier "crises et soucis financiers".
"C'est un autre visage de notre pays, loin du pessimisme et des désaccords", affirme-t-il.
L.Riedel--BVZ