Berliner Volks-Zeitung - À Kiev, le quotidien bouleversé par l'évolution des attaques russes

Berlin -

DANS LES NOUVELLES

À Kiev, le quotidien bouleversé par l'évolution des attaques russes
À Kiev, le quotidien bouleversé par l'évolution des attaques russes / Photo: Serhii Okunev - AFP

À Kiev, le quotidien bouleversé par l'évolution des attaques russes

En attendant le bus qui doit la conduire de l'autre côté de Kiev, au-delà du fleuve Dniepr, Alina Biriouk a peur. Autrefois banal, le trajet se fait désormais sous la menace des drones russes.

Taille du texte:

Deux des huit ponts que compte la capitale ukrainienne ont été visés ces derniers jours par des drones à réaction russes, difficiles à intercepter, provoquant de gigantesques embouteillages.

Le pont que doit emprunter le bus d'Alina a été frappé à deux reprises la semaine précédente. Elle s'y trouvait, à pied, quand ont retenti les alarmes et se sont activés les systèmes de défense antiaérienne.

Face à la menace et aux passants qui leur criaient de se mettre à l'abri, elle s'est mise à courir avec sa mère.

"Je lui ai dit : +Je me fiche que ton cœur fasse mal, ça passera ! Mais si un drone Shahed arrive, là c'est fini !+", se remémore-t-elle pour l'AFP.

Deux jours plus tard, la voilà à nouveau face au pont qui enjambe le fleuve. Elle doit rejoindre la rive ouest de Kiev pour récupérer une nouvelle carte bancaire.

"C'est juste cinq minutes, il suffit d'atteindre l'autre rive", dit-elle face aux embouteillages matinaux de Kiev. "Les gens ont un travail, des études, des choses à faire", explique-t-elle.

Mais pour les habitants, vivre son quotidien est devenu une tâche de plus en plus ardue.

- Jour et nuit -

Selon une analyse de l'AFP basée sur les chiffres du centre de surveillance des conflits ACLED, la capitale ukrainienne subit des attaques russes d'une intensité inégalée depuis mars 2022.

Son maire, Vitali Klitschko, décrit une situation "extrêmement dramatique" et accuse Moscou de "saccager" la ville en frappant ses infrastructures.

"Avant, ça n'arrivait que la nuit. Maintenant, c'est tous les jours, le jour comme la nuit", raconte Mykyta Kovaltchouk.

Un hot-dog à la main, ce jeune homme de 28 ans profite des derniers rayons du soleil d'automne, dans une inhabituelle accalmie sans sirènes.

Pourtant, quotidiennement, il entend les explosions. "Je les vois par ma fenêtre chez moi, et au travail", dit-il.

À quelques centaines de mètres, des voitures calcinées rappellent la frappe qui a touché, la semaine précédente, l'Académie des sciences d'Ukraine, y laissant un trou béant.

"La vie devient de plus en plus difficile. Mais on s'adapte d'une façon ou d'une autre", lâche Mykyta.

Une adaptation permanente, alors que Moscou élargit progressivement ses cibles : centres commerciaux, plateformes logistiques postales, chemins de fer, fournisseurs d'accès à internet, centres de données, et désormais les ponts.

- Pleurer -

Dans une rue de la capitale, un ronronnement familier est de retour. Malgré des températures encore douces, de nombreux magasins testent leurs groupes électrogènes, pour ne pas être pris au dépourvu par un hiver qui s'annonce rude.

"On se prépare", dit Ksénia Dokanova, 28 ans, gérante d'un restaurant. Elle a testé le sien la semaine dernière, une imposante machine rouge qui marche au diesel.

Cet hiver, elle pourrait devenir indispensable. Alors que les frappes russes contre les infrastructures s'intensifient, le générateur doit permettre à son restaurant de cuisine criméenne de continuer à servir pendant les longues coupures de courant.

L'année dernière, les attaques systématiques russes avaient plongé Kiev dans le noir et le froid pendant des jours.

Cette fois, Ksénia tente de tout prévoir. Mais sa liste de mesures de contingence ne cesse de s'allonger.

"Il pourrait y avoir des perturbations dans l'approvisionnement alimentaire", explique la jeune femme.

"Le pire qui puisse arriver à un restaurant, c'est de ne plus avoir d'eau, nous avons des réservoirs de secours, mais ils ne tiendront pas longtemps."

Après des frappes contre des opérateurs de téléphonie, son équipe cherche désormais des solutions pour continuer à travailler sans internet.

Elle se demande aussi comment ses employés vivant sur la rive est pourront rejoindre le restaurant en sécurité.

Une sirène annonçant des drones se met à hurler sur les passants. Dans le restaurant, personne ne bouge.

"Les gens s'y sont tellement habitués qu'ils n'ont plus cette réaction. Ils mangent leur soupe et continuent simplement ce qu'ils étaient en train de faire", dit-elle.

Ksénia aussi prête à peine attention aux explosions qui rythment désormais le quotidien de la capitale. Jusqu'à un certain point.

"À un moment donné, vous vous asseyez dans un trolleybus et vous vous mettez juste à pleurer", confie-t-elle, avant de conclure : "À quoi bon pleurer ? Il faut juste avancer."

M.Hoffmann--BVZ