Berliner Volks-Zeitung - "Une lueur d'espoir": à Gaza, une banque de semences renaît dans les ruines de la guerre

Berlin -

DANS LES NOUVELLES

"Une lueur d'espoir": à Gaza, une banque de semences renaît dans les ruines de la guerre
"Une lueur d'espoir": à Gaza, une banque de semences renaît dans les ruines de la guerre / Photo: Bashar Taleb - AFP

"Une lueur d'espoir": à Gaza, une banque de semences renaît dans les ruines de la guerre

Depuis une petite tente de fortune installée dans le centre de la bande de Gaza, une équipe s'emploie à inventorier et préserver l'une des ressources les plus précieuses de ce territoire palestinien dévasté par la guerre: les semences locales.

Taille du texte:

Des étagères chargées de simples boîtes en plastique occupent les parois de la banque de semences d'Al-Qarara, et renferment des variétés locales considérées comme essentielles pour relancer une agriculture durement frappée par deux ans d'opérations militaires israéliennes.

Installée à Deir el-Balah, l'équipe s'efforce de reconstituer les réserves de semences traditionnelles de Gaza, dont une grande partie a été détruite pendant la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée en octobre 2023 par une attaque du mouvement islamiste palestinien.

Contrairement aux variétés hybrides souvent commercialisées, les semences traditionnelles peuvent être conservées puis ressemées d'une année sur l'autre. Elles sont aussi généralement mieux adaptées aux conditions locales.

"Pendant la guerre, ce sont elles qui nous ont aidés à survivre", explique à l'AFP Salem Muhanna, qui dirige ce projet, lancé en 2017 avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

"Les semences traditionnelles assurent une continuité. Elles permettent d'obtenir, année après année, 80 à 90 % du même rendement. C'est pour cela que nous comptions sur elles", précise-t-il.

La banque conserve notamment des semences de blé et d'orge, de légumes à feuilles comme la blette, les épinards et le persil, ainsi que de courgette et de gombo.

La guerre a lourdement affecté le projet. "Les combats ont complètement détruit la banque et entraîné la perte de nombreuses variétés", souligne Hanadi Muhanna, 27 ans, fille de Salem Muhanna, qui y participe également.

"De plus, comme nous avons été déplacés à plusieurs reprises, il était difficile de tout recommencer", ajoute-t-elle.

"Finalement, nous nous sommes installés à Deir el-Balah et avons réussi, heureusement, à monter une petite tente. Nous avons créé quelque chose de très simple avec les moyens du bord."

De grands sacs en toile de jute, des fûts en plastique et des boîtes de tailles diverses abritent désormais les stocks sauvés. Chaque contenant est soigneusement étiqueté et protégé des nuisibles par des bâches en plastique.

- "Une soupape de sécurité" -

Comme le reste de la vie dans le territoire palestinien côtier, l'agriculture gazaouie a été frappée de plein fouet par la guerre, tandis que les violences se poursuivent malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025.

Avant 2023, les activités agricoles et la pêche représentaient environ 10% de l'économie de Gaza, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Mais seules 3% des terres cultivées de Gaza sont désormais encore à la fois accessibles et épargnées par les destructions, selon la FAO.

Les restrictions israéliennes sur l'entrée des marchandises dans le territoire ont encore aggravé les difficultés des agriculteurs.

"Il n'y a ni eau, ni engrais, ni produits chimiques agricoles", explique Salem Muhanna.

- "Rien n'est disponible" -

La bande de Gaza était avant le conflit autosuffisante en légumes frais et exportait un tiers de sa production vers des marchés extérieurs, selon Osama Al-Mukhalalati, chargé de la sécurité économique au CICR.

Désormais, dans le meilleur des cas, l'agriculture ne peut couvrir que 10% des besoins des habitants, plus de deux millions, en légumes, ajoute-t-il.

La banque de semences d'Al-Qarara fonctionne selon un système de prêt: des agriculteurs de confiance reçoivent des semences qu'ils restituent à la fin de la saison.

"Pendant la guerre, nous considérions ce projet comme notre principale bouée de sauvetage", raconte Suleiman Abu Shamas, un agriculteur de Deir el-Balah, qui inspecte un champ de piments arrivant à hauteur de taille.

"Les fournitures agricoles étant coupées et empêchées d'entrer par les points de passage, la seule solution dont nous disposions était de constituer un panier alimentaire à partir de semences traditionnelles déjà présentes à Gaza", ajoute-t-il.

Pour M. Mukhalalati, la banque ne sert pas seulement à maintenir une production alimentaire sur les terres agricoles encore exploitables. Elle permet aussi de préserver le patrimoine agricole de Gaza pour l'avenir.

"Nous considérons ce projet comme une lueur d'espoir dans l'obscurité totale qui pèse sur le secteur agricole", dit-il.

O.Krause--BVZ