Berliner Volks-Zeitung - Mexique : le président indigène de la Cour suprême dénonce du racisme

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Mexique : le président indigène de la Cour suprême dénonce du racisme
Mexique : le président indigène de la Cour suprême dénonce du racisme / Photo: Alfredo ESTRELLA - AFP

Mexique : le président indigène de la Cour suprême dénonce du racisme

Un indigène préside la Cour suprême du Mexique, pour la première fois en 168 ans. Hugo Aguilar estime devoir son mandat à la réforme judiciaire controversée initiée par la gauche au pouvoir, mais essuie des critiques racistes pour sa "chemise", ses "chaussures", sa "coiffure".

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Hugo Aguilar a remporté le poste lors des premières élections judiciaires organisées l'an dernier, son pays devenant le seul au monde à élire ses juges au suffrage universel.

Avant lui, le premier indigène à avoir présidé la plus haute juridiction du pays a été au XIXe siècle Benito Juarez, considéré comme le père du Mexique moderne.

"Sans la réforme, je ne serais pas là", a déclaré à l'AFP ce juriste de 53 ans, originaire de San Agustin Tlacotepec, village mixtèque de l'Etat d'Oaxaca, vêtue d'une guayabera blanche (chemise traditionnelle), ornée de broderies indigènes.

"En tant qu'avocat, je venais ici", se souvient-il lors de ce premier entretien à un média international depuis son entrée en fonctions en septembre 2025.

- Avocat des indigènes -

Hugo Aguilar a consacré sa vie à défendre des causes indigènes, sans imaginer qu'un jour il présiderait cette haute juridiction.

Il reste serein face à ceux qui le considèrent comme un pion des gouvernements de gauche, d'abord du président Andrés Manuel Lopez Obrador, et maintenant de sa successeure, Claudia Sheinbaum.

"Si j'étais, comme ils disent, du régime de l'ancien président ou de l'actuelle, je serais ministre depuis cinq ou six ans", estime-t-il.

Il souligne en outre que les attaques à son encontre ne visent pas son action judiciaire. "C'est parce que j'ai mal mis ma chemise, à cause des chaussures, de la coiffure."

"Les critiques sont parce que je suis indien", que pour cela "je n'ai pas les compétences, la capacité, les connaissances, l'aptitude", déplore-t-il.

- Juarez, un "guide" -

Hugo Aguilar n'aime pas être pris en photo. Il est gêné de poser au siège de la Cour suprême, devant le portrait de Benito Juarez qui devenu président du Mexique, à plusieurs reprises entre 1858 et 1871, a consolidé la république.

"C'est une inspiration et un guide", dit-il à propos de son prédécesseur indigène.

La réforme judiciaire a été très critiquée par l'opposition et des experts, mettant en garde contre une politisation du secteur.

Bien que les partis ne participent pas au scrutin, l'exécutif a été accusé de promouvoir ses candidats, dont Hugo Aguilar.

Il assure pour sa part que la politique ne ternit pas le travail de la juridiction.

"Tout le monde pensait que la Cour allait entrer sur le terrain de l'activisme judiciaire, qu'elle allait rendre des décisions sans fondement juridique, sans se baser sur la Constitution", rappelle-t-il, assurant: "C'est totalement exclu".

- "Impunité" -

Pour Hugo Aguilar, la réforme est un processus lent. Il pense qu'il ne verra pas tous les changements que nécessite le secteur judiciaire mexicain, jugé corrompu et laxiste.

"Le citoyen lambda ressent l'insécurité, l'impunité, parfois même de l'impuissance", explique-t-il. "Notre rôle est d'être fermes pour extirper tous les vices du système."

Les critiques jugent la réforme difficile à mettre en oeuvre. Des experts soutiennent qu'elle favorise l'achat et l'intimidation des juges par le crime organisé et les grandes entreprises.

"Nous commençons ici (à la Cour) et cherchons à ce que cela se diffuse vers le bas", affirme Hugo Aguilar, en admettant des "inerties difficiles à enrayer".

Il dresse toutefois un bilan positif de son début de mandat, avec notamment la réduction des délais de procédure.

M. Aguilar arbore des broderies indigènes sur ses chemises et ses toges, précise que sa guayabera a été brodée par sa mère. Il évoque son enfance mixtèque, quand il demandait la permission à la terre pour la cultiver, et les cérémonies appelant la pluie.

"Ma mère m'a dit que si un jour je change, ce sera parce je ne reviens pas au village (...) je ne veux pas ça!", dit-il, estimant que la fonction "ne doit pas rendre inaccessible".

D.Hahn--BVZ