Lentilles, insuline... la logistique pharmaceutique fait face aux crises
Les médicaments peuvent soulager la douleur, combattre le cancer et sauver des vies, mais ils ne valent rien s'ils sont égarés pendant le transport, se dégradent dans un entrepôt mal climatisé ou restent bloqués sur un navire.
C'est là qu'intervient la logistique pharmaceutique, un secteur en pleine expansion tandis que les chaînes d'approvisionnement ont été ébranlées par les guerres, la pandémie et les tensions commerciales.
Au cœur de la campagne hessoise, dans le centre de l'Allemagne, le géant allemand DHL exploite son plus important campus logistique européen, dédié à l'approvisionnement en médicaments et dispositifs médicaux.
Alors que les craintes de pénuries de médicaments augmentent dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, le site est essentiel à la fiabilité des livraisons aux hôpitaux, pharmacies, et laboratoires du monde entier.
L'activité est intense sur ce campus de DHL situé à Florstadt, au nord-est de Francfort, où chariots élévateurs et convoyeurs automatisés sont à l'oeuvre sur une surface équivalente à 14 terrains de football.
Des palettes de canules pour insuline côtoient des échantillons d'études cliniques et même des fûts d'acide sulfurique.
Le conditionnement nécessite dans certains cas un travail posté, quand un employé va par exemple remplir une boîte à température contrôlée d'échantillons destinés à une étude clinique en oncologie.
- Stocks de précaution -
"Nos 600 collaborateurs sont spécialement formés, car ils savent que, in fine, le patient se trouve au bout de la chaîne d'approvisionnement et qu'aucune erreur n'est permise", explique sur place Katrin Hölter, directrice générale Allemagne et pays alpins pour la division logistique de DHL.
Comme la guerre au Moyen-Orient perturbe le transport maritime mondial, "certains clients nous demandent de stocker davantage de volumes ici, essentiels à leur production, afin de garantir la disponibilité des matières premières", précise-t-elle.
La fragilité des chaînes internationales est une préoccupation constante, même si le site de Florstadt dépend moins du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz que de celui du canal de Suez, autre goulot d'étranglement du commerce mondial.
Malgré les crises à répétition, le secteur de la logistique poursuit son expansion, porté par l'industrie pharmaceutique.
Selon le cabinet d'analyse de données de santé Iqvia, le marché mondial des médicaments pourrait dépasser 2.600 milliards de dollars d'ici 2030, tiré par les États-Unis et les principaux pays émergents.
Les traitements contre les cancers et contre le surpoids affichent les perspectives de croissance les plus élevées, note la banque LBBW. Ils sont déjà intégrés à l'activité du site de Florstadt.
Pour le groupe Deutsche Post qui est devenu DHL, la logistique notamment pharmaceutique compense le déclin inéluctable du courrier et les aléas du commerce liés aux guerres et au chaos douanier.
- 140.000 palettes -
A Florstadt, le respect de normes strictes de sécurité et d'hygiène est essentiel.
Derrière la vitre d'une salle à l'air stérile, deux employés en combinaisons intégrales extraient d'une cuve un liquide entrant dans la composition de l'insuline, qu'un client veut tester.
"Nous sommes en mesure de simuler ici chacune des exigences réglementaires", souligne Mme Hölter et ce pour "toutes les plages de température possibles", précisant qu'elles vont de 25 degrés à moins 80 degrés, causant une forte consommation d'énergie.
Le site a démarré en 2015 avec un premier entrepôt dédié à la distribution des médicaments du laboratoire Stada et compte aujourd'hui quatre bâtiments, avec une capacité de stockage de 140.000 palettes et des possibilités d'extension.
DHL prévoit d'investir deux milliards d'euros d'ici 2030 dans la logistique pharmaceutique, dont un quart environ en Europe.
La moitié de ces investissements ira en Amérique du Nord, surtout aux États-Unis, où les entreprises pharmaceutiques européennes délocalisent une partie de leur production en réponse à la volonté de Donald Trump de faire baisser les prix élevés des médicaments.
Dans cinq ans, le chiffre d'affaires de cette division devrait doubler pour atteindre dix milliards d'euros, contre 84 milliards d'euros pour le groupe l'an dernier.
Cette dynamique s'inscrit dans une tendance plus large des laboratoires à "se concentrer sur leurs cœurs de métier, la recherche et la production pharmaceutiques", est convaincue Mme Hölter.
A.Wolf--BVZ