Berliner Volks-Zeitung - En Croatie, la douloureuse arrivée des travailleurs venus d'Asie

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En Croatie, la douloureuse arrivée des travailleurs venus d'Asie
En Croatie, la douloureuse arrivée des travailleurs venus d'Asie / Photo: MARKO PERKOV - AFP

En Croatie, la douloureuse arrivée des travailleurs venus d'Asie

Quand D.D. a quitté l'Inde pour la Croatie l'an dernier, il se doutait que son travail de livreur à domicile serait dur, les journées longues et le salaire modeste. Mais il ne s'attendait pas à se faire cracher dessus dans la rue.

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Deux fois en moins d'un an, cet Indien de 27 ans qui préfère taire son nom a été agressé par des groupes de jeunes pendant qu'il travaillait. On lui a craché dessus, on lui a crié "rentre dans ton pays" et on a essayé de voler son sac de livraison.

Une expérience en passe de devenir tristement banale dans un pays qui a accueilli plusieurs dizaines de milliers de travailleurs étrangers et où les attaques racistes augmentent.

Alors que la Croatie lutte contre une pénurie croissante de main-d'oeuvre, en particulier dans le tourisme, secteur clef de l'économie, les experts avertissent que le pays laisse isolés et vulnérables les travailleur étrangers, dont il a désespérément besoin.

"Nous ne volons pas d'emploi. Je suis simplement venu travailler et vivre en paix", explique D.D. à l'AFP à Zagreb, où il réside.

- Exode massif -

En dix ans, la Croatie a vu toute une partie de sa population partir travailler dans des pays plus riches et sa natalité plonger : le pays de 3,8 millions d'habitants aujourd'hui en aurait perdu 400.000 au cours de la dernière décennie, selon la Banque mondiale.

Pour faire face à la pénurie croissante de main-d'œuvre, la Croatie a de plus en plus fait appel à des travailleurs venus d'Asie, avec un pic depuis son entrée dans l'espace Schengen en 2023.

En 2025, sur 170.000 permis de travail délivrés, 40% l'ont été à des Népalais, des Philippins et des Indiens travaillant principalement dans les secteurs du tourisme, de la restauration et de la construction.

Une grande majorité d'entre eux arrivent en Croatie sans parler la langue et sans connaître personne, dans une société très conservatrice qui n'a quasiment jamais connu de vague d'immigration extra-européenne et dont plus de 90% des habitants sont d'origine croate, et environ 80% se déclarent catholiques romains.

Après deux agressions, D.D. s'en est sorti physiquement indemne. Mais pour d'autres, les agressions mènent à l'hôpital. Sur les groupes WhatsApp utilisés par ses collègues livreurs, beaucoup partagent leurs histoires d'agressions presque hebdomadaires, de mâchoires fracturées et de côtes cassées.

Bien que les données nationales sur la criminalité ne détaillent pas la nature des crimes dont ils ont été victimes, le nombre d'agressions contre des ressortissants népalais, indiens, philippins ou bangladais a fortement augmenté en 2024.

Et, souligne l'entreprise de livraison de repas Wolt, qui emploie de nombreux travailleurs étrangers, beaucoup d'agressions contre ses livreurs ne sont pas signalées à la police.

- "De l'extorsion pure" -

La plupart des travailleurs étrangers arrivent par le biais d'agences privées ou d'employeurs qui offrent généralement peu de soutien, soulignent les syndicats.

Certains employeurs proposent également des logements - surpeuplés, dangereux et hors de prix, a expliqué récemment à la télévision Kresimir Zovak du syndicat Novi Sindikat, et dont les loyers finissent par "grignoter la plus grande partie de leurs salaires déjà maigres".

Hasan, un livreur indien qui préfère ne pas donner son nom de famille par crainte de perdre son emploi, explique qu'on lui facturait 270 euros par mois pour une chambre partagée avec cinq autres hommes.

S'il violait les règles imposées par son employeur - comme l'interdiction d'avoir de la visite - ce dernier lui faisait payer des amendes. "De l'extorsion pure", ajoute ce jeune homme de 26 ans, qui devait travailler douze heures par jour, sept jours sur sept.

"Au fond, vous êtes leurs esclaves."

À mesure que le nombre de migrants augmente, la société croate semble se refermer. Selon une enquête de l'Institut de recherche sur les migrations (IMR), plus de 60% des Croates sont mécontents de la présence de travailleurs étrangers, contre 46 % un an plus tôt. Moins de 1% seraient d'accord pour qu'un étranger fasse partie de leur famille.

Criminalité, impact sur les salaires, sur l'emploi, différences culturelles… figurent parmi les principales peurs des personnes interrogées.

Certains politiciens de droite font campagne sur ces peurs, évoquant un "remplacement de population" - expression utilisée par l'extrême droite anti-immigration.

Le gouvernement conservateur, qui a condamné les violences contre les travailleurs étrangers, a récemment pris des mesures pour améliorer leur protection; et exigé des tests linguistiques pour les travailleurs amenés à rester longtemps en Croatie.

Pour D.D., si la plupart des Croates sont "généralement sympathiques", il a du mal à s'intégrer sans parler la langue. Hasan, lui, a quitté l'employeur qui l'exploitait et a trouvé un nouveau travail.

A.L.Peter--BVZ