Berliner Volks-Zeitung - Thélyson Orélien, l'étoile fuyante

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Thélyson Orélien, l'étoile fuyante
Thélyson Orélien, l'étoile fuyante / Photo: Joel Saget - AFP/Archives

Thélyson Orélien, l'étoile fuyante

Le site thelysonorelien.com ne répond plus. Écrits et poèmes font désormais place à un message d'erreur résumant la brutale chute de Thélyson Orélien, romancier unanimement encensé avant de tomber en disgrâce pour des accusations de plagiat et de recours à l'IA.

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Ecarté du Goncourt, pressé de toutes parts de se justifier, l'auteur canado-haïtien de "C'était ça ou mourir" a écourté sa tournée promotionnelle en France et regagné le Québec le week-end dernier, après avoir été au coeur d'une déferlante d'accusations suivie d'une tempête dans le monde de l'édition.

Le fardeau est lourd à porter pour ce jeune écrivain de 38 ans, modeste et peu habitué à la lumière, qui a dû se faire violence pour assurer la promotion de son roman, phénomène de la rentrée littéraire.

"Au début, je n'étais pas très à l'aise, mais je commence à y trouver du plaisir", disait-il le 21 septembre peu avant qu'un compte X anonyme ne l'accuse d'avoir intégralement écrit son roman avec l'IA.

"Il parle vraiment très peu, il est très retiré, très timide, dans son coin (…), c’est un être très seul", dit à l'AFP Rodney Saint-Eloi, poète et écrivain haïtien installé à Montréal, qui l'a rencontré pour la première fois au début des années 2010.

Thélyson Orélien vient alors de fuir Haïti, son île natale ravagée par le séisme de 2010 et rongée par l'insécurité, pour s'installer au Québec. "Je suis arrivé comme bien d’autres : une valise pleine de rêves et de peurs", écrit-il en juin 2025 dans une de ses chroniques pour le journal La Presse.

Le poète et romancier haïtien James Noël, qui échange avec lui depuis près de vingt ans, parle de quelqu'un de "très doux", capable de "saillies" pince-sans-rire, et surtout d'un grand passionné de littérature.

"Quand je l'ai rencontré, j'ai repéré chez lui un vrai style d'auteur et j'ai toujours senti chez lui l'obsession d'être écrivain et le feu de la lecture", déclare-t-il à l'AFP. "C'est quelqu'un qui dévore les livres, qui a besoin d'en parler".

"Dès qu’il y a littérature, il était là", confirme Rodney Saint-Eloi.

- "Rat de bibliothèque" -

"Rat de bibliothèque" autoproclamé, Thélyson Orélien s'est nourri de la prose d'Albert Camus, Toni Morrison ou Romain Gary et a confié son admiration pour ses compatriotes écrivains (Jacques Roumain, James Noël...) dont certains partagent avec lui la douleur de l'exil.

"Cette blessure qui ne se guérit pas, le fait d'être dépossédé de tout, sa langue, sa culture", énumérait-il récemment au micro de France Culture pour évoquer "C'était ça ou mourir", qui narre l'odyssée d'un migrant d'Haïti jusqu'au Canada.

"Face à l’afflux de migrants haïtiens à Montréal en 2017, (…) il est allé faire du bénévolat auprès d’eux et c'est à force de les côtoyer qu’il s’est rendu compte que c’était nécessaire de raconter leur histoire", témoigne Fabrice Vil, auteur québécois d’origine haïtienne qui est en contact avec Thélyson depuis plusieurs mois.

Son compte Facebook, encore accessible contrairement à son site, révèle autant son amour pour sa terre natale que pour sa terre d'adoption.

"Il y a chez les Québécois une façon rare d’aider : discrète, sincère, sans tambour ni trompette", écrit-il en octobre 2025, appelant de ses voeux, dans un autre message, "Un Québec indépendant, une Haïti reconstruite".

Son retour au Canada lui permettra-t-il de retrouver la sérénité qu'il célébrait dans ses posts ?

Avant de quitter prématurément la France, Thélyson Orélien a fait le dos rond face au torrent d'accusations le visant, parfois doublées d'attaques racistes. Auprès de l'AFP, il avait dénoncé une volonté de le "faire taire" tout en promettant de s'exprimer "quand tout sera calme".

James Noël, qui lui a parlé au plus fort de la controverse, l'a trouvé "abattu".

"Je lui ai conseillé de débrancher, de se déconnecter de toute cette énergie nauséabonde, cette haine raciste qui n'a rien à voir avec la polémique", dit le poète-romancier, estomaqué que Thélyson ait pu être condamné de manière "expéditive" sur la seule foi d'une IA, technologie de "prédation".

Selon Rodney Saint-Eloi, on est "en train d'assassiner publiquement un jeune homme" dont l'ascension soudaine fait de lui "un produit facilement jetable".

L.Becker--BVZ