Etats-Unis: la condamnée ayant survécu à son exécution est consciente et parle
Christa Pike, la condamnée qui a survécu à deux injections létales aux Etats-Unis, a "repris connaissance et peut parler", ont annoncé ses avocats, six jours après l'échec inédit de son exécution.
"Contre toute attente, Christa Pike est consciente, peut parler et continue à recevoir des soins médicaux vitaux", ont-ils précisé mardi.
Agée de 50 ans, elle devait être la première femme mise à mort depuis plus de 200 ans dans le Tennessee. La prisonnière a réchappé mercredi soir à l'administration de deux doses de pentobarbital, un puissant barbiturique.
Elle se trouvait depuis dans un état critique, sous assistance respiratoire, selon les informations parcellaires fournies par ses avocats, qui n'ont pas été autorisés à lui rendre visite à l'hôpital. Son cas a suscité un vif intérêt et de l'émotion au plan national et jusqu'au-delà des frontières des Etats-Unis.
"Malgré les graves blessures qu'elle a subies aux bras, elle est toujours menottée à son lit. Son rétablissement est sans précédent sur le plan médical. Son pronostic reste incertain mais nous nous attendons au minimum à une longue convalescence", ont indiqué les avocats.
Cet échec sans précédent a relancé un débat sur l'application de la peine capitale alors qu'un autre Etat américain, le Texas, se prépare à procéder à une exécution.
Si la mise à mort de Jamaal Howard, 46 ans, se déroule comme prévu mercredi soir au pénitencier de Huntsville, il s'agira de la 30e depuis le début de l'année aux États-Unis, toutes réalisées par injection létale.
Il a été condamné à la peine capitale pour le meurtre en 2000 de Vickie Lee Swartout, 42 ans, employée d'une supérette.
Ses ultimes recours étant épuisés, ses avocats ont demandé au gouverneur, Greg Abbott, de lui accorder un sursis de 30 jours.
Ils soulignent que le produit qui doit lui être administré, le pentobarbital, est le même que celui utilisé dans "l'exécution horriblement ratée de Christa Pike", il y a une semaine.
- "Processus bien plus transparent" -
Le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, a ordonné la suspension des exécutions dans l'État et une enquête indépendante, puis accepté la démission du chef de l'administration pénitentiaire (TDOC).
Laura Porter, directrice d'une coalition d'organisations américaines luttant pour l'abolition de la peine capitale, a salué ces décisions, dans une déclaration à l'AFP.
"Mais cela s'est déjà produit auparavant et l'Etat n'a pas suivi les recommandations qui lui ont été faites. Il est essentiel que ce processus d'exécution ne soit plus entouré de secrets", a-t-elle dit.
L'administration pénitentiaire a affirmé avoir suivi à la lettre le protocole adopté depuis la reprise des exécutions dans l'État en mai 2025, après un moratoire de trois ans.
Le gouverneur avait décrété ce moratoire à l'époque en raison de défaillances dans la vérification de la solution mortelle administrée à un condamné.
Il a confié la direction de l'enquête sur l'échec de l'exécution de Christa Pike au même ancien procureur fédéral qu'en 2022.
"Ce qui doit vraiment sortir de cette affaire, c'est la nécessité d'un processus bien plus transparent", a affirmé un des avocats de Christa Pike, Stephen Ferrell, dimanche sur CNN.
"Parce que cette exécution s'apparentant à de la torture soulève tellement de questions auxquelles l'État du Tennessee refuse de répondre", a insisté l'avocat.
Christa Pike a été condamnée à la peine capitale pour avoir torturé et assassiné en 1995 une femme de 19 ans, alors qu'elle-même avait 18 ans. Ses défenseurs ont saisi un juge, lui demandant d'imposer une sauvegarde des documents liés à ce fiasco, avec une audience prévue mercredi selon le Washington Post.
Le président républicain Donald Trump est un fervent partisan de la peine capitale. Il a ainsi validé lundi la mise à mort par peloton d'exécution de l'auteur d'une tuerie sur la base militaire de Fort Hood au Texas en 2009, qui sera la première par l'armée américaine depuis 1961. Nidal Hasan, un Américain musulman d'origine palestinienne, sera donc fusillé le 3 décembre sur le site de ses crimes.
Le ministère de la Justice a annoncé en avril une série de mesures visant à faciliter le recours à la peine capitale dans les dossiers fédéraux.
Parmi ces propositions figure l'élargissement des modes d'exécution autorisés, au-delà de la seule injection létale, bien que les exécutions dans le pays relèvent dans leur immense majorité des États et non des institutions fédérales.
M.Kraus--BVZ